En bref
La dirofilariose est une maladie parasitaire du chien et du chat, transmise par la piqûre d’un moustique. Deux vers sont en cause : Dirofilaria immitis, le « ver du cœur », qui s’installe dans le cœur et les artères pulmonaires, et Dirofilaria repens, qui vit sous la peau. En France, le risque se concentre dans le Sud, mais le moustique tigre, capable de transmettre ces deux vers, change la donne. Les signes apparaissent souvent des années après la piqûre. La prévention repose sur un traitement prescrit par le vétérinaire pendant la saison des moustiques. Attention : les produits pour chien à base de perméthrine et les huiles essentielles peuvent tuer un chat.
Qu’est-ce que la dirofilariose ?
La dirofilariose est une infection par des vers ronds du genre Dirofilaria, des filaires, que seul un moustique peut transmettre d’un animal à l’autre. Elle touche surtout les carnivores : le chien, le chat et le furet, mais aussi le renard ou le loup1.
Deux espèces circulent en Europe. Dirofilaria immitis provoque la dirofilariose cardio-pulmonaire, celle du ver du cœur : les vers adultes logent dans les artères pulmonaires et le cœur droit. Dirofilaria repens provoque la dirofilariose sous-cutanée, chez le chien comme chez le chat2.
Comment un moustique transmet le ver du cœur
Le moustique sert d’hôte intermédiaire : il avale les larves du ver en piquant un animal infecté, puis les réinjecte à un autre animal environ deux semaines plus tard1. Seule la femelle pique, car elle a besoin de sang pour ses œufs2. Les larves microscopiques, les microfilaires, circulent dans le sang du chien malade ; c’est là que le moustique les prélève6.
Plus de 70 espèces de moustiques d’Europe, des genres Culex, Anopheles et Aedes, peuvent héberger ces vers2. Le moustique commun, Culex pipiens, qui pique surtout la nuit, en est le vecteur historique. Notre page sur les espèces de moustiques présentes en France aide à les distinguer.
Étude de terrain, Italie, 2000 à 2002
Le moustique tigre pris la main dans le sac à Padoue
Des parasitologues ont capturé en plein jour les moustiques qui piquaient des volontaires à Padoue. Sur 2 721 insectes, 2 534 étaient des moustiques tigres. L’ADN de Dirofilaria immitis apparaissait dans la tête et le thorax de plusieurs lots, preuve que ces moustiques portaient des larves prêtes à être injectées3. L’étude conclut que le moustique tigre est un vecteur naturel du ver du cœur en Italie.
Une seconde étude, dans le Latium, a trouvé l’ADN des deux espèces de Dirofilaria chez le moustique tigre et chez Culex pipiens4. Les auteurs soulignent le point qui inquiète : avec un moustique qui pique le jour et un autre qui pique la nuit, le chien est exposé à toute heure.
Les régions de France concernées
En France métropolitaine, la dirofilariose à Dirofilaria immitis concerne surtout le sud du pays, qui fait partie des zones européennes les plus à risque avec le Portugal, l’Espagne, l’Italie et les Balkans1. Outre-mer, la maladie est présente aux Antilles, en Guyane et à La Réunion1.
La Corse est un foyer bien documenté. En 2017, sur 1 802 moustiques femelles capturés dans des zones d’endémie de l’île, des chercheurs ont trouvé les deux vers, y compris dans des moustiques tigres. D’après leur modèle fondé sur les températures, la transmission y était possible de la troisième semaine de mai à la fin octobre5.
Dirofilaria repens, le ver sous-cutané, s’étend en Europe ; les chercheurs attribuent en partie cette progression à un climat plus favorable aux moustiques6. L’installation du moustique tigre dans de nombreux départements ajoute un vecteur actif en ville, en plein jour. Chaque soucoupe ou seau oublié qui garde de l’eau stagnante au jardin produit des moustiques qui piquent le chien couché sur la terrasse.
Les symptômes du ver du cœur chez le chien
Chez le chien, les premiers signes de dirofilariose cardio-pulmonaire n’apparaissent que très longtemps après la piqûre, parfois plusieurs années1. Le ver adulte vit cinq à sept ans dans l’organisme du chien1.
- D’abord : une toux, avec des difficultés respiratoires plus ou moins marquées1.
- Ensuite : le chien s’affaiblit et peut faire des syncopes à l’effort1.
- Au stade avancé : le ventre gonfle et les pattes se chargent d’œdème1.
La forme sous-cutanée, due à Dirofilaria repens, reste le plus souvent sans symptôme. Quand elle se manifeste, on observe des démangeaisons, des gonflements de la peau, des nodules sous la peau ou une conjonctivite6.
Seul le vétérinaire peut poser le diagnostic, par une prise de sang qui recherche les larves ou les antigènes du ver, parfois complétée d’une échographie du cœur. Un test négatif n’exclut pas l’infection, d’où l’intérêt d’associer et de répéter les examens1. Si votre chien tousse, se fatigue vite ou a vécu dans le Sud ou outre-mer, parlez-en à votre vétérinaire.
La dirofilariose chez le chat
Le chat peut aussi attraper le ver du cœur, mais la maladie évolue autrement : le ver survit rarement plus de deux ans chez lui, et beaucoup de chats guérissent seuls1. Le danger tient à la brutalité des signes. Un chat infecté peut tousser, respirer difficilement ou saigner des poumons, et un caillot qui bouche un vaisseau vital peut provoquer une mort subite1. Le chat peut également héberger Dirofilaria repens sous la peau2.
Chien ou chat piqué par un moustique tigre
Une piqûre de moustique tigre n’est pas grave en soi pour un chien ou un chat, mais elle peut provoquer une réaction de la peau. Chez l’animal, les piqûres de moustiques peuvent déclencher une dermatite par hypersensibilité, une réaction allergique de la peau2. Si la réaction s’étend, dure ou si votre animal semble abattu, montrez-le au vétérinaire.
La vraie question est ailleurs : dans une zone où la dirofilariose circule, chaque piqûre peut transmettre des larves. Le moustique tigre, qui pique le jour, et le moustique commun, qui pique la nuit, se relaient4. Les virus qu’il transmet à l’homme sont un autre sujet, traité dans notre guide des maladies transmises par le moustique tigre.
Prévenir la dirofilariose : ce que fait le vétérinaire, ce que vous faites
La prévention de la dirofilariose repose sur un traitement qui détruit les larves avant qu’elles ne deviennent adultes, prescrit par le vétérinaire. Il existe sous forme de comprimés, de pipettes ou d’injections à action prolongée, et des produits répulsifs pour animaux, en pipette ou en collier, complètent la protection1. Pour un animal qui vit en zone à risque, ESCCAP France conseille un traitement mensuel de mai à novembre ; pour un voyage, un protocole couvre le séjour et le retour1.
Le choix du produit, du rythme et du test préalable revient au vétérinaire : il dépend de l’espèce, du poids, de l’âge et de l’endroit où vit l’animal. Tous les produits n’agissent pas de la même façon sur les deux vers6. Nous ne citons ici aucun médicament.
- Demandez un bilan à votre vétérinaire si vous vivez dans le Sud, en Corse, outre-mer, ou avant un départ en vacances avec votre chien.
- Suivez le calendrier prescrit pendant toute la saison des moustiques, sans l’arrêter à la fin de l’été.
- Réduisez les moustiques autour de la maison : videz régulièrement soucoupes, seaux et jouets, changez souvent l’eau de la gamelle extérieure.
- Rentrez l’animal dans une pièce équipée de moustiquaires le soir si les moustiques sont nombreux.
Huiles essentielles et perméthrine : danger pour le chat
Un « anti-moustique » pour chien peut empoisonner un chat. La perméthrine, un insecticide présent dans plus de 80 médicaments vétérinaires antiparasitaires pour chiens, est toxique pour le chat : quelques gouttes d’une pipette peuvent suffire à provoquer des effets graves, voire la mort8. L’Anses a reçu en 2018 122 déclarations d’effets indésirables chez des chats traités avec ces produits, dont 54 graves et 6 mortelles8. Les signes sont surtout neurologiques : tremblements, convulsions, perte d’équilibre, agitation, coma, parfois salivation et vomissements8.
Si votre chat a reçu un produit pour chien : lavez-le à l’eau tiède avec du savon ou du liquide vaisselle et demandez tout de suite conseil à un vétérinaire, même s’il ne montre encore aucun signe8. Tenez le chien traité à l’écart du chat jusqu’à ce que le produit ait séché, et empêchez le chat de lécher l’endroit traité8.
Les huiles essentielles posent le même problème. Au centre antipoison animal de l’Ouest, les chats représentent environ 70 % des appels pour intoxication aux huiles essentielles, souvent après un produit antiparasitaire ou répulsif « naturel » ; les signes vont des vomissements et de la salivation aux tremblements et aux troubles de l’équilibre, et peuvent durer plusieurs jours9. Aux États-Unis, sur 48 chiens et chats exposés à des antipuces à base d’huiles essentielles, neuf sur dix ont eu des effets indésirables, alors que le produit avait été utilisé selon l’étiquette dans 77 % des cas10. Notre guide sur les huiles essentielles contre les moustiques détaille ce qu’elles valent pour les humains.
En cas de doute : deux centres antipoison vétérinaires répondent de 8 h 30 à minuit, le CNITV à Lyon (04 78 87 10 40), ouvert 7 jours sur 713, et le CAPAE-Ouest à Nantes (02 40 68 77 40)9.
La leishmaniose n’est pas transmise par le moustique
La leishmaniose du chien est transmise par le phlébotome, un petit insecte proche du moustique mais qui n’en est pas un11. Le phlébotome est présent dans tout le sud de la France, actif d’avril à fin novembre, le soir et la nuit ; il passe la journée à l’abri dans les fissures des murs ou les caves1112. Le parasite, Leishmania infantum, touche aussi l’homme12.
La prévention se ressemble : répulsifs pour chien prescrits par le vétérinaire, pas de promenade du soir au petit matin, moustiquaires à mailles fines ; un vaccin existe aussi11. Un traitement contre le ver du cœur ne protège pas pour autant de la leishmaniose. Si de minuscules insectes piquent au crépuscule, notre page sur les moucherons qui piquent aide à les identifier.
La dirofilariose chez l’homme : rare et sans gravité le plus souvent
L’homme peut être infecté par la piqûre d’un moustique porteur, mais il reste une impasse pour le parasite : le ver ne se transmet pas d’une personne à une autre, ni du chien à son maître sans moustique. En Europe, Dirofilaria repens est de loin la plus fréquente, avec plus de 3 500 cas humains rapportés de 1977 à 2016, contre environ 25 cas dus à Dirofilaria immitis en 37 ans6.
Chez l’homme, l’infection se présente le plus souvent comme un nodule sous la peau. En 2012, une femme de Martigues, dans les Bouches-du-Rhône, qui n’avait jamais quitté la France et vivait avec des chats et des chiens, a consulté pour une grosseur à la cuisse : les médecins de Marseille y ont trouvé un ver Dirofilaria immitis, retiré par chirurgie7. Une boule sous la peau qui persiste ou se déplace se montre au médecin traitant.
Questions fréquentes sur la dirofilariose
Un chien atteint de dirofilariose est-il contagieux ?
Non, pas directement. Le ver a besoin d’un moustique pour passer d’un animal à l’autre : les larves doivent se développer environ deux semaines dans l’insecte avant d’être transmissibles1.
Existe-t-il un traitement naturel contre la dirofilariose ?
Aucun traitement naturel n’a fait ses preuves contre la dirofilariose. Les huiles essentielles peuvent au contraire intoxiquer l’animal, surtout le chat9. La prévention et le traitement passent par le vétérinaire.
Sources
- ESCCAP France, « Dirofilariose cardiopulmonaire du chien et du chat », consulté le 30 septembre 2026, esccap.fr.
- ESCCAP France, « Les moustiques », consulté le 30 septembre 2026, esccap.fr.
- Cancrini G., Frangipane di Regalbono A., Ricci I., Tessarin C., Gabrielli S., Pietrobelli M., « Aedes albopictus is a natural vector of Dirofilaria immitis in Italy », Veterinary Parasitology, 2003, 118(3-4), 195-202, doi:10.1016/j.vetpar.2003.10.011.
- Cancrini G., Scaramozzino P., Gabrielli S., Di Paolo M., Toma L., Romi R., « Aedes albopictus and Culex pipiens implicated as natural vectors of Dirofilaria repens in central Italy », Journal of Medical Entomology, 2007, 44(6), 1064-1066, doi:10.1603/0022-2585(2007)44[1064:AAACPI]2.0.CO;2.
- Younes L., Barré-Cardi H., Bedjaoui S., Ayhan N., Varloud M., Mediannikov O., Otranto D., Davoust B., « Dirofilaria immitis and Dirofilaria repens in mosquitoes from Corsica Island, France », Parasites & Vectors, 2021, 14, 427, doi:10.1186/s13071-021-04931-y.
- Genchi C., Kramer L., « Subcutaneous dirofilariosis (Dirofilaria repens): an infection spreading throughout the old world », Parasites & Vectors, 2017, 10(Suppl 2), 517, doi:10.1186/s13071-017-2434-8.
- Foissac M., Million M., Mary C., Dales J.-P., Souraud J.-B., Piarroux R., Parola P., « Subcutaneous infection with Dirofilaria immitis nematode in human, France », Emerging Infectious Diseases, 2013, 19(1), 171-172, doi:10.3201/eid1901.120281.
- Anses, « Les médicaments antiparasitaires pour chiens à base de perméthrine ne doivent pas être appliqués aux chats », Vigil’Anses n° 8, juin 2019, vigilanses.anses.fr.
- Centre antipoison animal et environnemental de l’Ouest (CAPAE-Ouest), « Huiles essentielles », consulté le 30 septembre 2026, centre-antipoison-animal.com.
- Genovese A. G., McLean M. K., Khan S. A., « Adverse reactions from essential oil-containing natural flea products exempted from Environmental Protection Agency regulations in dogs and cats », Journal of Veterinary Emergency and Critical Care, 2012, 22(4), 470-475, doi:10.1111/j.1476-4431.2012.00780.x.
- ESCCAP France, « La leishmaniose chez le chien », consulté le 30 septembre 2026, esccap.fr.
- ESCCAP France, « Les phlébotomes », consulté le 30 septembre 2026, esccap.fr.
- Centre national d’informations toxicologiques vétérinaires (CNITV), « Centre antipoison vétérinaire », Marcy-l’Étoile, consulté le 30 septembre 2026, cnitv.fr.








