En bref
Non, le moustique ne transmet pas le VIH, le virus du sida. ONUSIDA, Sida Info Service et l’Inserm le disent sans ambiguïté123. Le virus ne se multiplie pas dans l’insecte, qui le digère avec le sang. Quand il pique, le moustique injecte sa salive par un canal séparé, jamais le sang d’une personne piquée avant vous. Et la trace de sang restée sur sa trompe est bien trop faible pour infecter quelqu’un. Vous pouvez donc écraser, avaler ou vous faire piquer par un moustique sans aucun risque pour le VIH.
Un moustique peut-il transmettre le sida ?
Un moustique ne peut pas transmettre le VIH, ni en piquant, ni après avoir piqué une personne séropositive. ONUSIDA, le programme des Nations unies consacré au sida, l’écrit en une phrase : « Un moustique ou tout autre insecte ne peut pas transmettre le VIH en piquant »1. Le site du gouvernement américain sur le VIH range les moustiques, les tiques et les autres insectes parmi ce qui ne transmet pas le virus, au même titre que l’air et l’eau4.
La question revient pourtant chaque année, et elle n’a rien de naïf. Le moustique pique une personne, puis une autre : l’idée qu’il puisse faire passer du sang de l’une à l’autre paraît logique. Les chercheurs l’ont prise au sérieux dès la fin des années 1980, et leurs expériences ont toutes conclu dans le même sens579.
Pourquoi le moustique ne transmet pas le VIH
Trois obstacles empêchent le VIH de passer par un moustique, et un seul suffirait. Seule la femelle pique, parce qu’elle a besoin de sang pour produire ses œufs : notre guide sur les raisons pour lesquelles les moustiques piquent détaille ce repas, et celui sur le moustique mâle et le moustique femelle explique pourquoi le mâle ne pique jamais.
- Le virus ne se multiplie pas dans le moustique. Le VIH entre dans les cellules humaines en s’accrochant à des récepteurs précis, que les cellules du moustique ne possèdent pas39. Dès 1987, une équipe américaine constatait l’absence de réplication du VIH dans des cellules d’arthropodes6. En 1989, des chercheurs des CDC ont injecté le virus directement dans des moustiques : il ne s’y est pas multiplié5. Le sang aspiré est digéré, et le virus avec lui.
- Le moustique n’injecte jamais de sang. Sa trompe contient deux canaux qui fonctionnent chacun dans un seul sens : le sang monte par l’un, la salive descend par l’autre3. La salive sert à empêcher votre sang de coaguler pendant le repas. Le sang d’une personne piquée avant vous reste dans l’estomac de l’insecte2.
- La quantité restée sur la trompe est infime. Reste l’hypothèse d’un peu de sang collé aux pièces buccales, comme sur une aiguille. Sida Info Service rappelle qu’il ne peut pas en rester assez pour transmettre le VIH2. L’Inserm cite une estimation selon laquelle il faudrait environ dix millions de piqûres pour y parvenir3. Le VIH est aussi présent dans le sang en quantité bien plus faible que certains virus des hépatites10.
Enquête de terrain, 1988
Belle Glade, la ville de Floride qui a tranché la question
Au milieu des années 1980, Belle Glade, petite ville agricole de Floride, comptait beaucoup de cas de sida, dont une partie sans cause identifiée. Dans cette région chaude et humide, l’hypothèse d’une transmission par les insectes a été étudiée de près8.
L’enquête a trouvé 28 adultes séropositifs sur 877 tirés au sort, mais aucun enfant de 2 à 10 ans et aucune personne de plus de 60 ans. Les infections ne se regroupaient pas dans les foyers, sauf entre partenaires sexuels. Les anticorps contre cinq virus transmis par les moustiques n’étaient pas plus fréquents chez les personnes séropositives. Conclusion des auteurs : le virus circulait par les rapports sexuels et le partage de seringues, et rien n’indiquait une transmission par les insectes8. Des enfants piqués comme les adultes, mais jamais infectés : c’est exactement ce qu’on attend d’un virus que le moustique ne transmet pas.
Pourquoi le moustique transmet la dengue, et pas le VIH
Le moustique transmet la dengue parce que ce virus se multiplie dans son corps jusqu’à gagner ses glandes salivaires, ce que le VIH ne sait pas faire. Pour être transmis par piqûre, un microbe doit infecter l’insecte, s’y répliquer puis passer dans la salive9. Sida Info Service prend l’exemple du paludisme, dont le parasite se développe dans les glandes salivaires du moustique2.
Pour la dengue, l’Organisation mondiale de la santé appelle ce délai la période d’incubation extrinsèque : environ 8 à 12 jours entre 25 et 28 °C. Une fois infectieux, le moustique peut transmettre le virus jusqu’à sa mort11. L’Assurance maladie décrit le même enchaînement : le moustique s’infecte en piquant une personne malade, puis contamine d’autres personnes quelques jours plus tard12. Le guide des maladies transmises par le moustique tigre fait le point sur la situation en France.
| Étape | Dengue | VIH |
|---|---|---|
| Entre dans les cellules du moustique | Oui | Non |
| Se multiplie dans l’insecte | Oui, 8 à 12 jours | Non |
| Atteint la salive | Oui | Non |
| Transmis par piqûre | Oui | Non |
Écraser ou avaler un moustique : aucun risque de VIH
Écraser un moustique plein de sang ou en avaler un par mégarde ne fait courir aucun risque de VIH. Dans les expériences menées en 1987 sur Aedes aegypti, le virus ne survivait pas dans le moustique après un repas de sang contaminé7. Le VIH est aussi un virus fragile, qui ne résiste pas longtemps hors des cellules3.
La même logique vaut pour un moustique qui pique plusieurs personnes à la suite. Il peut arriver qu’il soit dérangé et termine son repas sur quelqu’un d’autre, comme l’explique notre article sur le nombre de fois qu’un moustique pique. Les tentatives de transmission mécanique par repas interrompu ont échoué en laboratoire7.
Une vraie inquiétude ? Le VIH se transmet par les rapports sexuels non protégés, le partage de matériel d’injection et de la mère à l’enfant4. Si vous pensez avoir pris un risque de ce type, Sida Info Service répond 7 jours sur 7 au 0 800 840 800, appel gratuit13, et un médecin peut vous orienter vers un dépistage.
Le moustique transmet-il l’hépatite B ou C ?
Aucune autorité sanitaire ne compte le moustique parmi les modes de transmission des hépatites B et C. L’Assurance maladie cite pour l’hépatite B les rapports sexuels non protégés, le contact avec du sang contaminé et la transmission de la mère à l’enfant au moment de l’accouchement14. Sa liste des maladies transmises par les moustiques ne comprend aucune hépatite12.
Le sujet est un peu plus discuté que pour le VIH, car ces virus sont plus abondants dans le sang10. Les études de laboratoire vont pourtant dans le même sens. Le virus de l’hépatite C ne se multiplie ni ne se diffuse chez le moustique tigre, Aedes aegypti ou l’anophèle : il disparaît du corps de l’insecte en quelques jours15. Chez Culex quinquefasciatus, cousin tropical du moustique commun, il ne se réplique pas et n’a pas été transmis pendant le repas16. Le virus de l’hépatite B ne se diffuse pas dans l’insecte et n’y persiste pas au-delà de 72 heures17. En Inde, trois ans de suivi hospitalier n’ont trouvé aucun lien entre la saison du paludisme et les cas d’hépatite B18.
Une équipe égyptienne a toutefois retrouvé de l’ARN du virus de l’hépatite C chez le moustique commun Culex pipiens nourri en laboratoire, et le présente comme un vecteur possible19. Ce résultat isolé n’a pas été confirmé sur le terrain, et aucune recommandation sanitaire n’en a tenu compte. Contre l’hépatite B, le vaccin reste la protection la plus sûre : parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien.
Questions fréquentes sur le moustique et le sida
Le moustique tigre peut-il transmettre le sida ?
Non. Le moustique tigre transmet la dengue, le chikungunya ou le Zika, des virus capables de se multiplier dans son corps. Le VIH n’en fait pas partie, quelle que soit l’espèce de moustique1. Après une piqûre, les gestes utiles sont décrits dans notre page que faire en cas de piqûre de moustique tigre.
Et les punaises de lit ou les autres insectes piqueurs ?
Même réponse. Chez les punaises de lit, le VIH peut survivre de quelques heures à 8 jours après un repas très chargé en virus, sans jamais se multiplier, et la transmission n’a pas pu être reproduite en laboratoire57.
Sources
- ONUSIDA, « Foire aux questions : VIH et sida », consulté le 30 septembre 2026, unaids.org.
- Sida Info Service, « Les moustiques peuvent-ils transmettre le VIH ? », publié le 3 juin 2014, mis à jour le 1er février 2024, sida-info-service.org.
- Inserm, Canal Détox, « Le VIH transmis par les piqûres des moustiques, vraiment ? », 30 novembre 2020, avec Stéphanie Blandin (Inserm) et Matteo Negroni (CNRS), presse.inserm.fr.
- HIV.gov (ministère américain de la Santé), « How Is HIV Transmitted? », mis à jour le 28 août 2026, hiv.gov.
- Webb P. A., Happ C. M., Maupin G. O., Johnson B. J., Ou C. Y., Monath T. P., « Potential for insect transmission of HIV: experimental exposure of Cimex hemipterus and Toxorhynchites amboinensis to human immunodeficiency virus », Journal of Infectious Diseases, 1989, 160(6), 970-977, doi:10.1093/infdis/160.6.970.
- Srinivasan A., York D., Bohan C., « Lack of HIV replication in arthropod cells », The Lancet, 1987, 329, 1094-1095, doi:10.1016/s0140-6736(87)90524-1.
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- Castro K. G., Lieb S., Jaffe H. W. et al., « Transmission of HIV in Belle Glade, Florida: lessons for other communities in the United States », Science, 1988, 239(4836), 193-197, doi:10.1126/science.3336781.
- Iqbal M. M., « Can we get AIDS from mosquito bites? », Journal of the Louisiana State Medical Society, 1999, 151(8), 429-433, PMID 10554479.
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- Organisation mondiale de la santé, « Dengue et dengue sévère », aide-mémoire, 23 avril 2024, who.int.
- Assurance maladie, « Piqûre de moustiques : maladies et mode de transmission », consulté le 30 septembre 2026, ameli.fr.
- Sida Info Service, page d’accueil et ligne d’écoute, consulté le 30 septembre 2026, sida-info-service.org.
- Assurance maladie, « Comprendre l’hépatite B », mis à jour le 10 novembre 2025, ameli.fr.
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