En bref
Seule la femelle moustique pique. Elle prélève du sang pour trouver les protéines nécessaires à ses œufs ; le mâle, lui, se nourrit uniquement de nectar et de jus sucrés de plantes, et sa trompe n’est pas faite pour percer la peau. On reconnaît un moustique mâle à ses antennes plumeuses, couvertes de longs poils, alors que la femelle a des antennes presque nues. Ces antennes servent d’oreilles : le mâle repère la femelle au son de ses ailes, et le couple accorde son bourdonnement avant de s’accoupler. Le mâle vit aussi moins longtemps, environ deux fois moins que la femelle.
Moustique mâle ou femelle : lequel pique ?
Chez les moustiques, seule la femelle pique. L’Anses, l’agence nationale de sécurité sanitaire, le dit sans détour, et l’EID Méditerranée, l’organisme public de démoustication du littoral, ajoute que les mâles sont inoffensifs12. Un moustique mâle ne vous piquera donc jamais, qu’il soit tigre, commun ou d’une autre espèce.
La règle vaut aussi pour les maladies : un mâle ne transmet ni dengue, ni chikungunya, ni virus du Nil occidental, puisqu’il ne prélève jamais de sang. Toutes les piqûres, et tous les risques qui vont avec, viennent des femelles.
Comment reconnaître un moustique mâle d’une femelle ?
Le critère le plus sûr se trouve sur la tête : les antennes. Sciensano, l’institut belge de santé publique, explique que les mâles se reconnaissent à leurs antennes plumeuses en forme d’éventail, tandis que celles des femelles ne portent que des poils courts3. Une simple loupe aide à la voir sur un moustique posé.
- Les antennes : touffues, comme deux petits plumeaux, chez le mâle ; fines et presque lisses chez la femelle34.
- Les palpes : ces deux appendices placés de chaque côté de la trompe sont petits chez la femelle d’Aedes aegypti, proche cousin du moustique tigre, qui se reconnaît ainsi à ses palpes courts à pointe argentée4.
- La taille : chez cette même espèce, les femelles sont plus grandes que les mâles4.
- Le comportement : un moustique qui se pose sur votre bras et enfonce sa trompe est forcément une femelle.
Ces critères disent le sexe, pas l’espèce. Pour savoir si vous avez affaire à un tigre, voyez notre comparatif pour distinguer moustique commun et moustique tigre.
| Critère | Mâle | Femelle |
|---|---|---|
| Antennes | Plumeuses3 | Poils courts3 |
| Pique | Jamais1 | Oui1 |
| Nourriture | Nectar1 | Nectar et sang4 |
| Son des ailes | Plus aigu18 | Plus grave18 |
| Vie à 25 °C | 9 jours12 | 19 jours12 |
Chironome, cousin : les faux moustiques mâles
Beaucoup d’insectes pris pour des moustiques mâles n’en sont pas. Le chironome ressemble trait pour trait à un moustique, avec des antennes plumeuses, mais il n’a pas d’organe piqueur ; il forme des essaims très denses au-dessus des étangs et des lagunes, et s’accumule par milliers sur les murs et les haies16. Le grand insecte aux pattes interminables qu’on appelle « cousin » est une tipule, et ne pique pas davantage16 : le guide du cousin, ce moustique géant qui ne pique pas aide à le reconnaître.
Que mange un moustique mâle ?
Le moustique mâle se nourrit de nectar de fleurs, sa seule source de nourriture selon l’Anses1. Il boit aussi d’autres jus sucrés de plantes. Ses pièces buccales sont adaptées au nectar, alors que celles de la femelle sont modifiées pour prélever du sang, décrit le service d’entomologie de l’université de Floride4.
La femelle mange la même chose au quotidien. Le sucre lui fournit l’énergie pour voler et vivre ; le sang ne sert qu’à ses œufs4. Les deux sexes fréquentent donc les fleurs du jardin, surtout au crépuscule, où l’EID Rhône-Alpes situe la plupart des repas de nectar19.
Pourquoi seule la femelle moustique pique-t-elle ?
La femelle pique parce que ses œufs ont besoin des protéines du sang pour se développer1. Sans repas de sang, pas de ponte. Le mâle ne pond pas ; il n’a aucun besoin de sang et vit très bien de sucre.
Selon l’Anses, la piqûre intervient après l’accouplement, une fois la femelle fécondée1. La règle souffre des exceptions. Dans une étude en laboratoire sur le moustique tigre, 40 % des femelles qui se dirigeaient vers une odeur humaine n’avaient pas encore été fécondées ; les femelles fécondées se posaient toutefois bien plus souvent sur la peau, 12,7 à 17,3 % d’entre elles contre 6,4 à 7,3 % pour les vierges10. Pour comprendre ce qui guide une femelle jusqu’à vous, lisez notre guide pourquoi les moustiques piquent.
Une femelle ne meurt pas après avoir piqué. Contrairement à l’abeille, elle recommence. Chez le moustique tigre, elle pond quelques jours après son repas de sang, puis peut piquer de nouveau 24 heures après la ponte13.
Comment les moustiques mâles et femelles se reproduisent-ils ?
Les moustiques s’accouplent en vol, et c’est le mâle qui va chercher la femelle. Chez les Aedes, le genre du moustique tigre, les mâles volent seuls ou en petits groupes en forme d’essaim ; ces groupes ont souvent été observés près des humains et des animaux dont les femelles se nourrissent, à l’ombre des arbres ou au-dessus des lieux de ponte9. En laboratoire, la simple présence d’un hôte déclenche l’activité d’accouplement des mâles9.
Voilà pourquoi un moustique tigre peut tourner autour de vous au jardin sans jamais se poser : c’est peut-être un mâle qui guette les femelles attirées par votre odeur.
La femelle stocke le sperme reçu dans trois petites poches, les spermathèques9. La plupart ne s’accouplent qu’avec un mâle, mais pas toutes : à La Réunion, 26 % des femelles de moustique tigre capturées dans la nature avaient été inséminées par plusieurs mâles9. Vient ensuite le repas de sang, puis la ponte au bord de l’eau, point de départ du cycle de vie du moustique, de l’œuf à l’adulte.
Le bourdonnement, un chant de parade
Le bourdonnement d’un moustique est le son de ses ailes, et il sert avant tout à la rencontre des sexes. Les mâles sont attirés par le son du vol des femelles5. Leurs antennes plumeuses leur servent d’oreilles : chez Aedes aegypti, l’antenne du mâle vibre au mieux vers 380 Hz, à peu près la fréquence du vol des femelles, et sa sensibilité dépasse celle de tous les autres capteurs de mouvement d’arthropodes étudiés jusque-là5.
Études en laboratoire, 2006 et 2009
Un duo accordé avant l’accouplement
En 2006, deux chercheurs britanniques ont fait voler côte à côte, attachés, un mâle et une femelle d’une espèce tropicale de moustique. Chacun modifiait la vitesse de ses battements d’ailes en réponse à l’autre, et en quelques secondes leurs sons se rejoignaient. Deux insectes du même sexe finissaient au contraire par s’écarter nettement6.
En 2009, une équipe de Cornell a montré la même chose chez Aedes aegypti, vecteur de la dengue. La femelle vole autour de 400 Hz, le mâle autour de 600 Hz. Ils ne s’accordent pas sur ces notes, mais sur une harmonique commune de 1 200 Hz, bien au-dessus de ce qu’on pensait qu’un moustique pouvait entendre7.
Le moustique tigre joue la même partition. Une étude de 2025 a mesuré ses battements d’ailes entre 290 et 696 par seconde selon le sexe et l’âge ; au moment de l’essaim, mâle et femelle se rejoignent sur une harmonique commune située entre 1 400 et 1 500 Hz, ce que ne faisaient pas les femelles trop jeunes8. Chez cette espèce comme chez Aedes aegypti, le vol des mâles sonne plus aigu que celui des femelles18.
Qui bourdonne à votre oreille la nuit ?
Le mâle fait donc du bruit, lui aussi, et même un son plus aigu. Mais le moustique qui revient sans cesse près de votre visage dans le noir est très probablement une femelle en quête de sang : elle seule a une raison de se poser sur vous. Le guide sur le moustique dans la chambre donne les gestes pour dormir tranquille.
Durée de vie : le mâle vit moins longtemps que la femelle
Un moustique mâle vit environ deux fois moins longtemps qu’une femelle. L’EID Atlantique donne 2 à 3 semaines pour la plupart des mâles adultes, et 1 à 2 mois pour les femelles11. Chez le moustique tigre élevé à 25 °C, une étude de 2025 a mesuré 9,4 jours de vie en moyenne pour les mâles, contre 19 jours pour les femelles12.
L’écart devient énorme en hiver chez le moustique commun (Culex pipiens) : ce sont les femelles fécondées qui passent la mauvaise saison à l’abri, dans les caves ou les grottes, avant de reprendre leur activité au printemps17. Tous les chiffres, selon l’espèce, la température et la saison, figurent dans le guide sur la durée de vie d’un moustique.
Pourquoi lâche-t-on des moustiques mâles ?
On lâche des moustiques mâles stériles parce qu’ils ne piquent pas et que leurs accouplements ne donnent aucun descendant. C’est le principe de la technique de l’insecte stérile : une femelle qui s’accouple avec un mâle stérilisé pond des œufs qui n’éclosent pas, et la population recule génération après génération.
En Italie, entre 2005 et 2009, des chercheurs ont lâché dans trois petites villes d’Émilie-Romagne des mâles de moustique tigre stérilisés par rayons gamma, à raison de 896 à 1 590 mâles par hectare et par semaine. Quand la stérilité des œufs atteignait 70 à 80 %, le nombre d’œufs dans les pièges baissait d’autant ; les auteurs estiment qu’il faut maintenir au moins 81 % d’œufs stériles pour faire reculer la population14. Notre article sur les lâchers de moustiques tigres stériles en Italie revient sur ces essais.
En Chine, sur deux îles de Canton, des millions de mâles à la fois porteurs de la bactérie Wolbachia et irradiés ont presque éliminé les populations sauvages de moustique tigre15. La méthode exige de trier les sexes avec soin : un lâcher ne doit contenir aucune femelle, puisque ce sont elles qui piquent.
Ce que ces lâchers ne font pas : ils se mènent à l’échelle d’un quartier ou d’une commune, par des équipes spécialisées. Au jardin, le seul levier à votre portée reste l’eau stagnante, là où les femelles pondent.
Ce que la différence mâle et femelle change au jardin
Tuer des mâles ne réduit pas les piqûres, et les femelles déjà fécondées continueront de pondre. L’effort utile porte sur les œufs et les larves, dans l’eau : soucoupes, seaux, arrosoirs, regards et gouttières. La liste des gîtes larvaires à surveiller vous aide à faire le tour, deux fois par semaine en été, en frottant les parois où les femelles collent leurs œufs.
Sources
- Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), « Le moustique tigre », anses.fr, consultée le 30 septembre 2026.
- EID Méditerranée, « Les moustiques : cycle de vie, espèces, nuisants », eid-med.org, consultée le 30 septembre 2026.
- Sciensano, « Reconnaître un moustique », programme de surveillance des moustiques en Belgique, surveillancemoustiques.be, consultée le 30 septembre 2026.
- Cutwa-Francis M. M., O’Meara G. F., « Yellow Fever Mosquito Aedes aegypti (Linnaeus) », fiche EENY-434, 2007, université de Floride, IFAS Extension, ask.ifas.ufl.edu.
- Göpfert M. C., Briegel H., Robert D., « Mosquito hearing: sound-induced antennal vibrations in male and female Aedes aegypti », Journal of Experimental Biology, 1999, 202, 2727-2738, doi:10.1242/jeb.202.20.2727.
- Gibson G., Russell I., « Flying in tune: sexual recognition in mosquitoes », Current Biology, 2006, 16(13), 1311-1316, doi:10.1016/j.cub.2006.05.053.
- Cator L. J., Arthur B. J., Harrington L. C., Hoy R. R., « Harmonic convergence in the love songs of the dengue vector mosquito », Science, 2009, 323, 1077-1079, doi:10.1126/science.1166541.
- Rajan P., Goswami D., Vanlalhmuaka, Datta S., Rabha B., Kamboj D. V., « Acoustic behaviour and flight tone frequency changes in adult Aedes albopictus and Culex quinquefasciatus mosquitoes », Scientific Reports, 2025, 15, 15499, doi:10.1038/s41598-025-89608-7.
- Yamada H., Hood-Nowotny R., Resch C., Bouyer J., Gruber R., Oliva C. F., « Sperm Storage and Use Following Multiple Insemination in Aedes albopictus: Encouraging Insights for the Sterile Insect Technique », Insects, 2024, 15, 721, doi:10.3390/insects15090721.
- Xue R.-D., Ali A., Barnard D. R., « Mating Status and Body Size in Aedes albopictus (Diptera: Culicidae) Affect Host Finding and Deet Repellency », Florida Entomologist, 2012, 95(2), 268-272, doi:10.1653/024.095.0204.
- EID Atlantique, « Le saviez-vous », eidatlantique.eu, consultée le 30 septembre 2026.
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- EID Rhône-Alpes, « Pourquoi la femelle du moustique pique-t-elle et les autres questions les plus fréquemment posées sur les moustiques ? », eid-rhonealpes.com, consultée le 30 septembre 2026.








