En bref
Une démoustication consiste à tuer les moustiques avec un insecticide autorisé : un larvicide dans les points d’eau, ou un adulticide pulvérisé en fines gouttelettes sur la végétation. Chez un particulier, elle relève d’une entreprise privée dont l’applicateur doit être titulaire du Certibiocide. L’effet de la nébulisation contre les adultes dure une à deux heures, et une nouvelle population de moustiques tigres peut recoloniser la zone au bout de dix jours. Le produit touche aussi les autres insectes. Les autorités sanitaires le répètent : supprimer les points d’eau stagnante reste la méthode la plus efficace.
Qu’est-ce qu’une démoustication ?
Une démoustication est un traitement insecticide destiné à réduire le nombre de moustiques sur une zone donnée. Les produits utilisés sont des biocides de type 18, la catégorie des insecticides, encadrés par le règlement européen n° 528/20128. On distingue deux familles, qui visent deux stades de vie différents.
- Le traitement larvicide : il vise les larves et les nymphes dans l’eau. En France, trois substances sont autorisées pour cet usage : le Bti (Bacillus thuringiensis israelensis, une bactérie), Lysinibacillus sphaericus et le S-méthoprène8. Le Bti n’agit que s’il est avalé par les larves10.
- Le traitement adulticide : il vise les moustiques qui volent ou se reposent. En extérieur, il se fait par nébulisation à froid, une pulvérisation à ultra bas volume qui produit un brouillard très fin8. Le jet est dirigé vers la végétation, jusqu’à 2 ou 3 mètres de haut, là où le moustique tigre se repose1.
Aucune des deux méthodes ne détruit les œufs déjà pondus sur les parois des récipients2, et ce sont eux qui relancent la population. Notre page sur le cycle de vie du moustique tigre montre à quel moment chaque méthode intervient.
Qui fait les démoustications en France ?
En France, trois acteurs publics se partagent la lutte contre les moustiques, et le particulier gêné par les piqûres n’en relève pas. Depuis le décret du 29 mars 2019, les agences régionales de santé (ARS) surveillent les moustiques vecteurs et interviennent autour des cas de dengue, de chikungunya ou de Zika. Elles peuvent confier ces actions à un organisme public ou privé qu’elles habilitent7. Le maire agit pour empêcher l’implantation des moustiques sur sa commune7. Les conseils départementaux gèrent la lutte contre les nuisances selon la loi du 16 décembre 1964, dans des zones fixées par arrêté préfectoral8. C’est le cadre des ententes interdépartementales comme l’EID Méditerranée, qui traite les zones humides du littoral avec le Bti10.
Pour un jardin privé sans malade dans le voisinage, la situation est différente. L’ARS Île-de-France le dit clairement : la démoustication de confort, destinée à réduire les piqûres sans risque de maladie, n’est pas de sa compétence ; elle relève des particuliers ou des collectivités, qui peuvent faire appel à des entreprises privées2. Les autorités sanitaires ne déclenchent un traitement qu’en cas de risque de propagation d’une épidémie5. Le rôle des communes est détaillé sur notre page consacrée aux municipalités face au moustique tigre.
Opération de santé publique
Comment se passe une démoustication autour d’un cas
Quand une personne malade a séjourné dans un quartier où vit le moustique tigre, l’ARS envoie d’abord un technicien vérifier la présence du moustique4. Si le traitement est décidé, il couvre un rayon de 150 mètres autour des lieux fréquentés par le malade1. En Île-de-France, la nébulisation a lieu entre minuit et 5 heures du matin1 ; en Provence-Alpes-Côte d’Azur, l’opération dure généralement moins d’une heure et se fait en fin de nuit, y compris dans les jardins privés, avec la coopération des habitants4.
Le produit employé est à base de deltaméthrine, utilisé à 0,5 gramme par hectare selon l’ARS Auvergne-Rhône-Alpes3. Ces opérations sont financées par les ARS8. Leur but est de casser une chaîne de transmission, pas de rendre un jardin agréable pour l’été.
Certibiocide et produits autorisés : ce que dit la réglementation
Un professionnel qui applique un insecticide réservé aux professionnels doit être titulaire du Certibiocide. Ce certificat existe depuis l’arrêté du 9 octobre 2013 et s’applique depuis le 1er juillet 2015. Depuis le 1er janvier 2024, il se décline en trois catégories ; celle qui couvre les insecticides (type 18) s’appelle le Certibiocide « nuisibles ». Il s’obtient après 21 heures de formation, soit trois jours, et reste valable cinq ans9.
Deux précisions comptent pour vous. Le Certibiocide est toujours délivré à une personne, jamais à une entreprise : il n’existe pas d’agrément d’entreprise, seulement une obligation de déclaration et une liste du personnel formé9. Et en tant que client qui commande l’intervention, vous n’avez pas besoin de ce certificat ; c’est l’applicateur qui doit le détenir9. Stéphane Delgado, qui a créé Mousteek, en est titulaire.
Le choix de molécules est très étroit. Pour les traitements spatiaux contre les adultes, à l’intérieur ou à l’extérieur, seuls des produits à base de deltaméthrine et d’étofenprox sont autorisés en France. Ces substances partagent le même mode d’action que tous les pyréthrinoïdes, ce qui empêche d’alterner les produits pour limiter les résistances8. L’Anses relève que la deltaméthrine et le Bti sont aujourd’hui les substances les plus utilisées en France, la première contre les adultes, le second contre les larves8.
Résistance : en Guyane, la résistance des moustiques à la deltaméthrine est devenue si forte qu’un autre insecticide a dû être autorisé par dérogation en 2014, lors de l’épidémie de chikungunya8. Multiplier les traitements de confort dans les jardins entretient ce risque ; l’ARS Île-de-France cite la résistance parmi les limites de ces traitements2.
Une démoustication est-elle efficace, et combien de temps dure-t-elle ?
Une nébulisation tue les moustiques adultes présents au moment du passage, pas ceux qui naîtront la semaine suivante. Son effet dépend du temps pendant lequel les gouttelettes restent en suspension dans l’air, en général une à deux heures selon la météo1. Les ARS ont constaté qu’au bout de dix jours, une nouvelle population de moustiques tigres apparaît et recolonise la zone1. Pour l’ARS Île-de-France, ces traitements n’agissent pas sur les œufs, n’éliminent pas les larves et peuvent favoriser des résistances2.
L’ARS Auvergne-Rhône-Alpes va plus loin : seules les interventions de destruction des gîtes larvaires sont efficaces pour limiter les nuisances3. Si les points d’eau restent en place, de nouveaux moustiques réapparaissent rapidement.
Certains prestataires proposent plutôt un traitement dit « barrière » : un insecticide pulvérisé sur le feuillage, censé agir plusieurs jours. Une revue de 44 études publiées entre 1944 et 2018 conclut que ces traitements font baisser les populations de moustiques, avec de fortes variations selon les espèces, la pluie et le matériel utilisé14. Dans des jardins de Caroline du Nord, un traitement barrière associé à la suppression des gîtes a réduit les femelles de moustique tigre jusqu’à la troisième semaine15. Ces études sont américaines, et elles ne disent rien des autres insectes du jardin.
| Méthode | Cible | Durée d’effet | Autres insectes |
|---|---|---|---|
| Nébulisation | Adultes | 1 à 2 heures | Touchés |
| Traitement barrière | Adultes | Quelques jours à semaines, études américaines | Touchés |
| Larvicide Bti | Larves | Variable | Moucherons aquatiques |
| Suppression des gîtes | Larves et œufs | Tant que c’est tenu | Aucun |
Quels risques pour les abeilles, les oiseaux et la faune du jardin ?
La deltaméthrine tue tous les insectes qu’elle atteint, pas seulement les moustiques. L’ARS Grand Est rappelle sa nocivité pour les abeilles, les poissons et les autres animaux à sang froid5, et l’ARS Auvergne-Rhône-Alpes souligne que ces traitements ne sont pas spécifiques au moustique tigre3. Coccinelles, papillons et syrphes du jardin sont donc exposés.
Pour les opérations de santé publique, l’ARS Île-de-France juge le risque limité pour les abeilles, pour trois raisons : le traitement se fait uniquement de nuit, quand elles sont dans la ruche, surtout en zone urbaine, et à des concentrations bien plus faibles qu’en agriculture1. Une revue de 2026 qui a rassemblé 43 études aboutit au même constat pour les traitements opérationnels de nuit, à grande échelle, tout en relevant des effets sur les insectes dans 15 des 25 expériences de terrain13. Une pulvérisation en journée sur une haie fleurie ne remplit aucune de ces conditions.
Le Bti n’est pas neutre non plus. Une revue européenne de 2020 documente des effets directs sur les chironomes, de petits moucherons aquatiques, et sur d’autres invertébrés12. En Camargue, sur trois années d’épandage de Bti, les hirondelles de fenêtre des sites traités ont élevé 2,3 jeunes par nid, contre 3,2 sur les sites non traités, faute de moucherons et d’araignées à donner aux petits11. Ces résultats concernent des zones humides, pas un jardin de lotissement, mais ils montrent qu’un moustique en moins, c’est aussi de la nourriture en moins pour d’autres. Notre page sur les animaux qui mangent les moustiques présente ces prédateurs.
Si un traitement a lieu près de chez vous : fermez portes et fenêtres, mettez vos animaux à l’abri, couvrez les bassins et piscines, et attendez trois jours avant de récolter les fruits et légumes du potager. Si vous avez des ruches, l’ARS conseille de les déplacer temporairement2.
Combien coûte une démoustication chez un particulier ?
Aucun organisme public ne publie de barème pour la démoustication d’un jardin privé. Les prix qui circulent en ligne viennent des prestataires eux-mêmes, et nous n’avons trouvé aucune source indépendante pour les vérifier : nous préférons ne pas en donner. Le prix dépend du type de traitement, de la surface et surtout du nombre de passages, puisque l’effet d’une nébulisation ne dure pas. Comparez des devis écrits qui précisent le produit, la méthode et la fréquence, et calculez le coût sur toute la saison, pas sur une seule intervention.
Les questions à poser à un prestataire de démoustication
Un bon prestataire cherche d’où viennent les moustiques avant de parler de produit.
- Qui va appliquer le produit, et avec quel Certibiocide ? Le certificat est nominatif9 : demandez le nom de l’applicateur et la catégorie « nuisibles ».
- Quel produit, et quelle substance active ? Demandez le nom exact et son autorisation de mise sur le marché. Pour les adultes, attendez-vous à de la deltaméthrine ou de l’étofenprox8.
- Larvicide, nébulisation ou traitement barrière ? Faites préciser la cible et la durée d’effet annoncée, et comparez-la aux une à deux heures d’une nébulisation1.
- À quelle heure, et sur quelles plantes ? Un traitement de jour sur des fleurs visitées par les abeilles ne bénéficie pas des conditions qui limitent le risque1.
- La recherche des gîtes est-elle comprise ? Sans elle, le jardin se repeuple en une dizaine de jours1.
- Quelles précautions pour le potager, les animaux, le bassin et les voisins ? Un prestataire sérieux vous les donne par écrit.
Méfiez-vous des promesses de jardin sans moustique toute la saison après un seul passage. Aucune source officielle ne soutient une telle durée pour un adulticide.
Ce que vous pouvez faire vous-même, avant toute démoustication
Supprimer les points d’eau stagnante est la méthode que recommandent toutes les autorités sanitaires, et elle ne demande aucun produit. Le moustique tigre reste la plupart du temps dans un rayon de 150 mètres, et 80 % de ses gîtes larvaires se trouvent dans l’habitat individuel6 : ceux qui vous piquent sont nés chez vous ou chez vos voisins. Quelques centilitres d’eau suffisent à une femelle pour pondre6. Notre page sur les gîtes larvaires du jardin passe en revue les endroits à vérifier.
- Videz au moins deux fois par semaine les soucoupes, jouets, seaux, arrosoirs et décorations qui retiennent l’eau, ou remplissez les soucoupes de sable humide6.
- Couvrez les réserves d’eau d’une moustiquaire ou d’un tissu fin : fûts, bidons, bâches de piscine6. Le guide du récupérateur d’eau de pluie montre comment le fermer.
- Faites couler l’eau : nettoyez les gouttières et vérifiez l’écoulement des regards après chaque grosse pluie6.
- Rangez à l’abri de la pluie tout ce qui peut se remplir : pneus, bâches, brouettes, jeux d’enfants6.
- Traitez sans chimie les eaux que vous gardez : des poissons dans un bassin d’ornement mangent les larves6. Pour les autres cas, voyez comment éliminer les larves sans produit dangereux.
- Réduisez les zones de repos : taillez les herbes hautes et les haies, ramassez les fruits tombés, limitez l’arrosage6.
Si les piqûres continuent malgré ces gestes, le gîte est souvent caché ou chez un voisin. Notre guide pour un jardin infesté de moustiques tigres aide à le retrouver et à en parler autour de vous. Un professionnel peut alors se justifier pour un gîte que vous ne pouvez pas atteindre, un regard profond ou une gouttière haute, à condition qu’il commence par là.
Questions fréquentes sur la démoustication
Puis-je demander à l’ARS ou à la mairie de démoustiquer mon jardin ?
Pas à l’ARS pour un problème de confort. Ses opérations visent uniquement les moustiques tigres autour du domicile d’une personne porteuse d’un virus, et la démoustication de confort relève des particuliers ou des collectivités2. Votre mairie peut en revanche vous renseigner sur les actions locales.
Un particulier peut-il acheter le produit utilisé par les professionnels ?
Non, si le produit est réservé aux professionnels : son achat demande un Certibiocide, et le distributeur doit enregistrer le numéro du certificat9. Les insecticides vendus au grand public ne dispensent pas de supprimer les gîtes.
La démoustication tue-t-elle les œufs ?
Non. Les traitements contre les adultes n’agissent ni sur les œufs ni sur les larves2. Les œufs du moustique tigre résistent plusieurs mois au froid et à la sécheresse6, d’où l’intérêt de vider et de frotter les récipients.
Sources
- Agence régionale de santé Île-de-France, « Lutte contre le moustique tigre à Paris et en Île-de-France : tout savoir sur la démoustication », mise à jour du 18 septembre 2026, iledefrance.ars.sante.fr.
- Agence régionale de santé Île-de-France, « Foire aux questions. Lutte contre la prolifération du moustique tigre : la démoustication », mise à jour du 18 septembre 2026, iledefrance.ars.sante.fr.
- Agence régionale de santé Auvergne-Rhône-Alpes, « Moustique tigre : quand et comment est déclenchée une opération de démoustication ? », mise à jour du 3 août 2026, auvergne-rhone-alpes.ars.sante.fr.
- Agence régionale de santé Provence-Alpes-Côte d’Azur, « Comment se passent une enquête et une opération de démoustication ? », 28 avril 2026, paca.ars.sante.fr.
- Agence régionale de santé Grand Est, « Foire aux questions : moustique tigre et opérations de démoustication organisées par l’ARS Grand Est », 11 juin 2026, grand-est.ars.sante.fr.
- Agence régionale de santé Provence-Alpes-Côte d’Azur, « Recommandations générales concernant le moustique tigre à l’attention du grand public », mai 2021, paca.ars.sante.fr.
- Décret n° 2019-258 du 29 mars 2019 relatif à la prévention des maladies vectorielles, Journal officiel du 31 mars 2019, legifrance.gouv.fr.
- Anses, avis relatif à des « recommandations de stratégies d’utilisation de produits biocides dans un contexte inter-épidémique et épidémique contre les moustiques vecteurs de type Aedes, Anopheles et Culex », saisine n° 2020-SA-0029, 18 juillet 2023, anses.fr.
- Ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires, « Notice explicative de l’arrêté “Certibiocide” du 9 octobre 2013 modifié relatif aux conditions d’exercice de l’activité d’utilisateur professionnel et de distributeur de certains types de produits biocides », février 2024, certibiocide.din.developpement-durable.gouv.fr.
- EID Méditerranée, « Traitements antilarvaires », consulté le 28 septembre 2026, eid-med.org.
- Poulin B., Lefebvre G., Paz L., « Red flag for green spray: adverse trophic effects of Bti on breeding birds », Journal of Applied Ecology, 2010, 47(4), 884-889, doi:10.1111/j.1365-2664.2010.01821.x.
- Brühl C. A., Després L., Frör O., Patil C. D., Poulin B., Tetreau G., Allgeier S., « Environmental and socioeconomic effects of mosquito control in Europe using the biocide Bacillus thuringiensis subsp. israelensis (Bti) », Science of the Total Environment, 2020, 724, 137800, doi:10.1016/j.scitotenv.2020.137800.
- Peterson R. K. D., Kennedy T. E., Strand J. R., « Risk determination for non-target arthropods from outdoor space applications of mosquito adulticides », Journal of Medical Entomology, 2026, 63(3), tjag090, doi:10.1093/jme/tjag090.
- Stoops C. A., Qualls W. A., Nguyen T. T., Richards S. L., « A review of studies evaluating insecticide barrier treatments for mosquito control from 1944 to 2018 », Environmental Health Insights, 2019, 13, doi:10.1177/1178630219859004.
- Figurskey A. C., Hollingsworth B., Doyle M. S., Reiskind M. H., « Effectiveness of autocidal gravid trapping and chemical control in altering abundance and age structure of Aedes albopictus », Pest Management Science, 2022, 78(7), 2931-2939, doi:10.1002/ps.6917.








