En bref

Un insecticide pulvérisé dans le jardin tue les moustiques adultes présents au moment du traitement, puis les moustiques reviennent en quelques jours depuis les points d’eau où naissent les larves. Les produits vendus aux particuliers sont surtout des pyréthrinoïdes ou du pyrèthre végétal, très toxiques pour les abeilles et les poissons, et à manier avec précaution près des enfants et des chats. L’Assurance maladie juge les bombes insecticides insuffisamment efficaces pour se protéger, et les agences régionales de santé déconseillent les traitements répétés. Supprimer l’eau stagnante, poser des moustiquaires et utiliser un répulsif cutané protègent mieux et plus longtemps.

1 à 2 hla durée d’action d’un insecticide pulvérisé dans l’air contre les moustiques adultes3
10 joursaprès un traitement, une nouvelle population de moustiques tigres peut recoloniser la zone5
0,0015 µgde deltaméthrine suffit à tuer une abeille sur deux par contact11
1 sur 4des foyers ne lit jamais la notice des insecticides contre les insectes volants7

Quel insecticide anti-moustique un particulier peut-il acheter pour le jardin ?

Les insecticides anti-moustiques vendus au grand public sont des produits biocides de type 18, la catégorie des insecticides et acaricides. Chacun doit disposer d’une autorisation de mise sur le marché délivrée par l’Anses, l’agence nationale de sécurité sanitaire, qui évalue son efficacité et ses risques pour la santé et l’environnement8. On les trouve en bombe aérosol, en concentré à diluer dans un pulvérisateur, en spirale ou en diffuseur.

La grande majorité de ces produits contient des pyréthrinoïdes, des insecticides de synthèse qui imitent le pyrèthre, un extrait de fleur de chrysanthème. La deltaméthrine, utilisée par les autorités lors des démoustications officielles, appartient à cette famille ; l’ARS Grand Est rappelle qu’on la retrouve aussi dans les aérosols insecticides du commerce, les traitements pour animaux et les produits anti-poux3. Les produits présentés comme naturels contiennent souvent du pyrèthre végétal, qui reste un insecticide puissant12.

La vente de ces produits est encadrée. Depuis la loi Egalim de 2018, la publicité auprès du grand public et les remises, rabais et ristournes sont interdites pour les insecticides de type 18, sauf pour les produits classés à faible risque8. Certains biocides peuvent aussi être retirés du libre-service quand ils suscitent des résistances ou des intoxications8.

Biocide ou produit pour les plantes ? Les pesticides chimiques de synthèse destinés au jardin, ceux qui protègent les plantes, sont interdits aux jardiniers amateurs depuis le 1er janvier 201913. Les insecticides anti-moustiques relèvent d’une autre réglementation, celle des biocides8. N’utilisez jamais un produit prévu pour les pucerons ou les chenilles contre les moustiques : il n’a pas été évalué pour cet usage.

Pulvériser un insecticide dans le jardin, est-ce efficace ?

Pulvériser un insecticide tue les moustiques adultes touchés par le produit, mais l’effet ne dure pas. Lors des démoustications officielles, l’action du produit dans l’air dure une à deux heures selon la météo3. L’ARS Île-de-France constate qu’au bout de dix jours, une nouvelle population de moustiques tigres recolonise la zone, car ces traitements n’agissent ni sur les œufs ni sur les larves5.

Le moustique tigre qui vous pique est né tout près : il se déplace peu, dans un rayon d’environ 150 mètres, et 80 % de ses gîtes larvaires se trouvent dans l’habitat individuel14. Tant qu’une soucoupe, un regard ou une gouttière garde de l’eau, de nouveaux adultes sortent chaque jour et remplacent ceux que vous avez tués.

Les autorités de santé tirent la même conclusion pour la protection personnelle. L’Assurance maladie, qui applique les recommandations 2026 du Haut Conseil de la santé publique, range la pulvérisation par des bombes insecticides du commerce parmi les méthodes insuffisamment efficaces1. L’ARS Nouvelle-Aquitaine juge l’aérosol à base de pyréthrinoïdes efficace à l’intérieur, mais demande de le réserver à des situations très ponctuelles de forte infestation, et ne recommande pas l’usage répété des insecticides hors épidémie annoncée par les autorités2.

Étude de terrain, Kentucky, 2007

Ce que donne un traitement du feuillage fait par un professionnel

Des chercheurs de l’université du Kentucky ont fait traiter la végétation basse de 24 propriétés par un applicateur professionnel, à la concentration maximale autorisée sur l’étiquette. Les jardins traités ont reçu 85 à 90 % de piqûres de moustique tigre en moins que les jardins témoins, et les feuilles restaient toxiques pour les moustiques jusqu’à six semaines15.

Le même traitement n’a eu aucun effet sur le moustique commun, qui se repose plus haut, dans les arbres15. Ce résultat vient d’un professionnel américain, avec du matériel et des produits qui ne correspondent pas à une bombe ou à un pulvérisateur de jardin acheté en magasin en France. Il ne mesurait pas non plus l’effet sur les autres insectes. Si vous envisagez ce type d’intervention, notre guide sur la démoustication chez un particulier détaille ce qu’un professionnel a le droit de faire et ce qu’il faut lui demander.

Quels risques pour la santé, les enfants et les femmes enceintes ?

Les pyréthrinoïdes font l’objet d’une alerte sanitaire de l’Anses. En avril 2025, l’agence a analysé l’expertise collective de l’Inserm sur les pesticides : le signal le plus marquant concerne cette famille, encore largement utilisée en biocides, y compris par les particuliers. L’exposition pendant la grossesse peut nuire au neurodéveloppement des très jeunes enfants9.

Les recommandations 2026 en tiennent compte. L’Assurance maladie ne recommande plus les diffuseurs électriques d’insecticide pour les femmes enceintes et les enfants de moins de trois ans, en raison d’un risque de trouble du neurodéveloppement ; elle ne recommande plus non plus les serpentins fumigènes, ni l’imprégnation des vêtements à la perméthrine, un autre pyréthrinoïde1.

L’usage réel pose aussi problème. Selon l’Anses, 84 % des ménages qui emploient des pesticides utilisent des insecticides, et la moitié d’entre eux en utilisent au moins trois fois par an6. Un foyer sur quatre ne lit jamais la notice des produits contre les insectes volants, et seulement 36 % respectent les précautions indiquées7.

En cas d’exposition : des vertiges ou des vomissements après avoir respiré ou touché un insecticide justifient d’appeler un centre antipoison3, ou votre médecin. En cas de malaise grave, appelez le 15. Gardez l’emballage pour indiquer le produit et sa substance active.

Chats, chiens, abeilles, poissons : qui est exposé ?

Un insecticide anti-moustique tue tous les insectes qu’il atteint, et plusieurs animaux du jardin y sont particulièrement sensibles. L’ARS Grand Est rappelle la nocivité de la deltaméthrine pour les abeilles, les poissons et les autres animaux à sang froid3.

Toxicité de deux insecticides anti-moustiques courants
SubstanceDose qui tue une abeille sur deuxDose qui tue une truite sur deux
Deltaméthrine0,0015 µg par abeille0,15 µg par litre
Pyrèthre végétal0,013 µg par abeille5 µg par litre

Ces valeurs viennent de la base de données de l’université du Hertfordshire, qui classe la toxicité des deux substances comme élevée pour les abeilles, les poissons et les petits crustacés d’eau douce1112. Le pyrèthre végétal se dégrade vite dans le sol, en deux jours environ12, mais un produit d’origine naturelle reste un insecticide : pulvérisé sur une haie fleurie, il tue aussi les pollinisateurs.

Les chats forment un cas à part. Ils éliminent mal la perméthrine, et quelques gouttes d’un antiparasitaire pour chien à base de cette substance peuvent provoquer chez eux tremblements et convulsions ; l’Anses a recensé 143 cas d’effets indésirables chez des chats en 2021 et 2022, dont 58 graves et 5 décès10. Tenez votre chat et votre chien à l’écart des zones traitées, et rentrez leurs gamelles avant de pulvériser4.

Peut-on traiter près d’un bassin, d’une mare ou d’un récupérateur d’eau ?

Non : un insecticide anti-moustique ne doit jamais atteindre l’eau d’un bassin, d’une mare, d’un fossé ou d’une piscine. Les pyréthrinoïdes tuent les poissons à des doses infimes, de l’ordre du microgramme par litre11. L’ARS Pays de la Loire, qui conduit les démoustications de santé publique, s’interdit toute application à moins de 50 mètres des cours d’eau et plans d’eau4. Dans un jardin de lotissement, c’est souvent impossible.

Le produit persiste dans l’eau bien après avoir disparu de l’air. L’ARS Grand Est demande de protéger les animaux aquatiques avant un traitement et de vider ensuite les récipients restés découverts3. Les précautions propres à chaque produit figurent sur son étiquette, et elles s’imposent à vous.

Pulvériser un insecticide dans l’eau ne règle pas non plus le problème des larves. Pour un bassin ou un récupérateur, les solutions sont ailleurs : poissons, couvercle, moustiquaire ou larvicide biologique. Notre guide sur le Bti, le larvicide biologique, explique quand l’utiliser.

Si vous traitez malgré tout : les précautions à suivre

Un insecticide ne se justifie qu’en appoint, pour un besoin ponctuel, et après avoir supprimé les gîtes. L’Anses recommande de privilégier les méthodes non chimiques et de n’employer un biocide qu’en cas de besoin6.

  1. Lisez toute l’étiquette avant d’ouvrir le produit, et suivez-la à la lettre : usages autorisés, dose, précautions6. Vérifiez qu’il est bien prévu pour un usage extérieur contre les moustiques.
  2. Éloignez les enfants et les animaux, rentrez les gamelles et les jouets, et fermez les fenêtres de la maison4.
  3. Ne pulvérisez jamais sur des fleurs visitées par les abeilles ni en journée. Les démoustications officielles ont lieu la nuit pour épargner les pollinisateurs5.
  4. Restez loin de l’eau : bassin, mare, piscine, récupérateur, fossé. Couvrez ce qui ne peut pas être déplacé3.
  5. Ne vous placez pas dans le nuage de pulvérisation et ne laissez personne revenir dans la zone avant le délai indiqué sur l’étiquette3.
  6. Protégez le potager : après un traitement officiel, l’ARS conseille d’attendre plusieurs jours avant de récolter, puis de laver et d’éplucher les légumes3.
  7. Rangez le produit dans son emballage d’origine, hors de portée des enfants, sans jamais le transvaser6. Les restes et les emballages non vides vont à la déchèterie, pas à la poubelle7.

Ne répétez pas les traitements. L’usage intensif des biocides fait apparaître des moustiques résistants, sur lesquels les produits deviennent inefficaces6. Or les mêmes pyréthrinoïdes servent aux autorités pour freiner la dengue ou le chikungunya autour d’un malade3.

Ce qui marche mieux qu’un insecticide au jardin

La méthode la plus efficace contre le moustique tigre, selon l’Assurance maladie, consiste à supprimer les eaux stagnantes où se développent les larves1. Elle agit en amont, sur les moustiques qui ne sont pas encore nés, là où un insecticide ne touche que les adultes présents.

  • Videz et couvrez : soucoupes, jouets, décorations et petits récipients au moins deux fois par semaine, et couvrez les réserves d’eau d’une moustiquaire14. Notre page sur l’eau stagnante au jardin recense les endroits oubliés.
  • Traitez sans insecticide les eaux que vous gardez : des poissons friands de larves dans un bassin d’ornement, une moustiquaire ou un tissu fin sur les récupérateurs d’eau de pluie14.
  • Piégez les femelles qui pondent : un piège pondoir contre le moustique tigre capture les femelles au moment de la ponte, sans pulvériser quoi que ce soit.
  • Protégez-vous directement : vêtements couvrants, moustiquaires aux fenêtres, ventilateur ou climatisation, et un répulsif cutané à base de DEET, d’IR3535 ou d’icaridine sur la peau découverte1. Le guide des répulsifs anti-moustiques aide à choisir selon l’âge.
  • Aménagez les moments dehors : la ventilation fait partie des mesures d’appoint qui réduisent les piqûres1. Nos conseils pour éloigner les moustiques d’une terrasse détaillent ces gestes.

Si les piqûres continuent malgré tout, le gîte est souvent caché, ou chez un voisin. La page sur les gîtes larvaires aide à les chercher méthodiquement, du regard d’eau pluviale au creux d’arbre.

Questions fréquentes sur les insecticides anti-moustiques

Quel est l’insecticide le plus efficace contre le moustique tigre ?

Aucun insecticide vendu aux particuliers ne règle durablement le problème, puisque les moustiques recolonisent un jardin traité en une dizaine de jours5. Les pyréthrinoïdes tuent les adultes touchés, mais l’Assurance maladie classe les bombes insecticides parmi les méthodes insuffisamment efficaces1. Le levier le plus efficace reste la suppression des points d’eau.

Faut-il traiter la haie contre les moustiques ?

La haie sert de lieu de repos au moustique tigre, mais la traiter expose les abeilles et tous les autres insectes qui la fréquentent3. Tailler la végétation dense et supprimer les gîtes autour réduit les moustiques sans ce risque14.

Un insecticide naturel est-il sans danger ?

Non. Le pyrèthre végétal est très toxique pour les abeilles et les poissons12, et l’Anses rappelle qu’un biocide, quelle que soit son origine, s’utilise seulement en cas de besoin et selon sa notice6.

Sources

  1. Assurance maladie, « Prévention commune à toutes les maladies transmises par les moustiques », mise à jour du 28 juillet 2026, d’après les recommandations sanitaires 2026 du Haut Conseil de la santé publique, ameli.fr.
  2. Agence régionale de santé Nouvelle-Aquitaine, « Moustique tigre : comment se protéger du moustique tigre ? », mise à jour du 25 avril 2023, nouvelle-aquitaine.ars.sante.fr.
  3. Agence régionale de santé Grand Est, « Foire aux questions : moustique tigre et opérations de démoustication organisées par l’ARS Grand Est », 11 juin 2026, grand-est.ars.sante.fr.
  4. Agence régionale de santé Pays de la Loire, « Foire aux questions : moustique tigre et opérations de lutte antivectorielle (LAV) planifiées par l’ARS Pays de la Loire », consulté le 29 septembre 2026, pays-de-la-loire.ars.sante.fr.
  5. Agence régionale de santé Île-de-France, « Lutte contre le moustique tigre à Paris et en Île-de-France : tout savoir sur la démoustication », mise à jour du 18 septembre 2026, iledefrance.ars.sante.fr.
  6. Anses, « Produits chimiques biocides : pourquoi il est important d’en limiter les usages ? », 12 décembre 2023, anses.fr.
  7. Anses, « Anses is publishing the results of the Pesti’home study on the use of pesticides in the home », 7 octobre 2019, anses.fr.
  8. Ministère de la Transition écologique, « Produits biocides », mise à jour du 26 août 2025, ecologie.gouv.fr.
  9. Anses, « Analyse des résultats de l’expertise collective de l’Inserm sur les effets des pesticides sur la santé », 24 avril 2025, anses.fr.
  10. Anses, « Ne traitez pas votre chat avec un antiparasitaire pour chien », 20 juin 2023, anses.fr.
  11. University of Hertfordshire, Agriculture and Environment Research Unit, Pesticide Properties DataBase, fiche « Deltamethrin », consultée le 29 septembre 2026, sitem.herts.ac.uk.
  12. University of Hertfordshire, Agriculture and Environment Research Unit, BioPesticides DataBase, fiche « Pyrethrins (mix) », consultée le 29 septembre 2026, sitem.herts.ac.uk.
  13. Eaufrance, « Les pesticides chimiques interdits au 1er janvier 2019 pour les jardiniers amateurs », eaufrance.fr.
  14. Agence régionale de santé Provence-Alpes-Côte d’Azur, « Recommandations générales concernant le moustique tigre à l’attention du grand public », mai 2021, paca.ars.sante.fr.
  15. Trout R. T., Brown G. C., Potter M. F., Hubbard J. L., « Efficacy of two pyrethroid insecticides applied as barrier treatments for managing mosquito (Diptera: Culicidae) populations in suburban residential properties », Journal of Medical Entomology, 2007, 44(3), 470-477, doi:10.1603/0022-2585(2007)44[470:EOTPIA]2.0.CO;2.