En bref
Non, l’huile d’olive n’est pas un répulsif efficace contre les moustiques. Dans un test sur peau humaine publié en 2013, l’huile d’olive seule a protégé une vingtaine de minutes face à Aedes aegypti, le cousin du moustique tigre, contre plus de sept heures pour une lotion au DEET. Les chercheurs l’utilisent comme témoin négatif, c’est-à-dire comme produit censé ne pas protéger, ou pour diluer d’autres huiles. Après une piqûre, aucune étude ne montre qu’elle soulage : l’Assurance maladie conseille de laver à l’eau et au savon, de désinfecter, d’appliquer du froid et de ne pas gratter. Pour éviter les piqûres, les autorités sanitaires françaises ne recommandent en 2026 que trois substances : le DEET, l’IR3535 et l’icaridine.
L’huile d’olive et les moustiques : un lien surprenant
L’huile d’olive ne repousse pas les moustiques assez longtemps pour servir de protection. Nous avons cherché dans la base scientifique Europe PMC les tests où elle apparaît. Dans les études que nous avons pu lire en entier, elle joue un rôle secondaire : support pour diluer une huile essentielle, ou témoin négatif auquel on compare les vrais candidats.
Test sur bras humain, 2013
L’huile d’olive seule face au DEET
Une équipe thaïlandaise a testé huit huiles essentielles diluées à 10 % dans de l’huile d’olive ou de coco, sur l’avant-bras de trois volontaires placé dans une cage de moustiques. Pour comparer, elle a aussi appliqué de l’huile d’olive pure, sans rien d’autre, et une lotion à 25,63 % de DEET1.
L’huile d’olive seule a protégé en moyenne 21 minutes contre Aedes aegypti, moustique qui pique le jour comme le moustique tigre, et 25,5 minutes contre Culex quinquefasciatus, un moustique qui pique le soir. La lotion au DEET a tenu 433 et 421 minutes1. Les auteurs la classent d’ailleurs comme témoin négatif, pas comme répulsif.
La grande étude comparative publiée en 2002 dans le New England Journal of Medicine n’a pas testé l’huile d’olive. Elle apporte une nuance utile : un répulsif formulé à base d’huile de soja a protégé 94,6 minutes, les autres produits à base de plantes moins de 20 minutes, et un répulsif à 23,8 % de DEET 301,5 minutes4. Une huile végétale peut donc entrer dans un produit étudié, mais c’est la formule entière qui compte, pas l’huile de cuisine.
Comment l’huile d’olive pourrait repousser les moustiques
Deux idées circulent pour expliquer un effet de l’huile d’olive : elle masquerait les odeurs qui attirent les moustiques, et son film gras les empêcherait de piquer. Aucune des deux n’a été vérifiée par une étude.
Le dioxyde de carbone de votre respiration fait partie des signaux qui guident une femelle moustique, et un film d’huile sur les bras ne change rien à votre souffle. Les moustiques combinent en plus plusieurs signaux. À l’université Rockefeller, à New York, des moustiques Aedes aegypti privés de leur récepteur du CO2 trouvaient encore presque aussi bien des volontaires humains, probablement guidés par la chaleur et les odeurs de la peau5. Brouiller une seule piste ne suffit donc pas. Notre guide sur ce qui attire les moustiques détaille ces signaux.
Quant à la peau « glissante », nous n’avons trouvé aucune étude qui la mesure. Le test thaïlandais montre plutôt l’inverse : un bras enduit d’huile d’olive se fait piquer au bout d’une vingtaine de minutes1.
Un usage populaire que les enquêtes ne relient pas aux moustiques
L’huile d’olive a une longue histoire de remède de peau autour de la Méditerranée. Une revue des enquêtes ethnographiques italiennes, publiée en 2026, recense les remèdes tirés de l’olivier6. On y trouve l’huile d’olive appliquée sur les piqûres d’insectes venimeux et les morsures de reptiles, des feuilles de persil macérées dans l’huile d’olive frottées sur les piqûres de guêpe ou d’abeille, et, pour les animaux, des résidus d’huile d’olive mêlés à de la graisse de porc ou du soufre pour éloigner les mouches des plaies6.
Les moustiques n’apparaissent pas dans cette revue. Et ces enquêtes décrivent ce que les gens faisaient, pas ce qui marchait : aucune n’a mesuré d’effet.
Utilisation pratique de l’huile d’olive
Si vous voulez tout de même essayer, sachez à quoi vous attendre : une vingtaine de minutes de protection au mieux1, un résidu gras sur la peau et les vêtements, et aucun effet reconnu par les autorités sanitaires. Le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) demande de ne pas utiliser les produits qui revendiquent une action répulsive sans être reconnus comme répulsifs par la réglementation des biocides2. L’huile d’olive n’en fait pas partie.
L’huile d’olive n’est pas non plus neutre pour la peau. Dans une étude de l’université de Sheffield, au Royaume-Uni, 19 volontaires ont appliqué six gouttes d’huile d’olive deux fois par jour sur un avant-bras pendant quatre à cinq semaines : au bout de quatre semaines, la couche protectrice de la peau s’était fragilisée et une légère rougeur était apparue, y compris chez les personnes sans eczéma7. Les auteurs déconseillent l’huile d’olive pour la peau sèche et le massage des nourrissons.
À ne pas faire : compter sur l’huile d’olive quand le moustique tigre est présent. Il peut transmettre la dengue, le chikungunya ou le Zika8 ; notre page sur les maladies transmises par le moustique tigre fait le point. Le HCSP ne recommande que les répulsifs autorisés2.
Combiner avec d’autres huiles essentielles
Mélangée à une huile essentielle, l’huile d’olive protège plus longtemps, mais c’est l’huile essentielle qui agit. Dans le test thaïlandais, le clou de girofle dilué à 10 % dans l’huile d’olive a tenu 76,5 minutes contre Aedes aegypti, et la citronnelle 165 minutes contre Culex, contre 21 et 25,5 minutes pour l’huile d’olive seule1. Une étude de la même équipe, en 2015, obtient 170 minutes avec de la citronnelle de cuisine (lemongrass) diluée dans l’huile d’olive contre Culex, mais seulement 10,5 à 88,7 minutes contre Aedes aegypti selon les mélanges, qu’ils soient à base d’huile d’olive, de coco ou de soja9. Ces résultats viennent de tests en laboratoire, sur quelques volontaires, et sur d’autres espèces que le moustique tigre.
L’huile de neem est souvent citée. En Inde, 2 % d’huile de neem dans de l’huile de coco ont protégé de 96 à 100 % contre les anophèles et à 85 % contre les Aedes, lors d’essais de terrain publiés en 199510. Une autre équipe indienne a testé en 2014 des huiles de neem et de karanja à 1 et 5 % dans trois huiles supports, dont l’huile d’olive, contre Aedes aegypti . Le résumé publié ne chiffre que les mélanges à l’huile de moutarde, avec 230 et 240 minutes de protection, et ne détaille pas ceux à l’huile d’olive11.
En France, ces mélanges ne sont pas recommandés. L’Assurance maladie classe les huiles essentielles parmi les mesures insuffisamment efficaces et note que leur effet dure en général moins de 20 minutes3. Depuis 2026, le HCSP ne recommande plus non plus l’huile d’eucalyptus citronné, en attendant son évaluation2. L’Anses précisait fin 2024 qu’aucune huile essentielle n’est approuvée comme produit biocide ; l’eucalyptus citronné et le lavandin étaient alors en cours d’évaluation comme répulsifs12. Notre guide des huiles essentielles anti-moustiques compare les études huile par huile.
Prudence avec les enfants et pendant la grossesse : l’Anses déconseille les huiles essentielles aux enfants et aux femmes enceintes, car certaines contiennent des substances neurotoxiques ou toxiques pour le fœtus, et conseille de demander l’avis d’un professionnel de santé avant tout usage13.
Huile d’olive sur une piqûre de moustique : ce qu’on peut dire honnêtement
Aucune étude n’a testé l’huile d’olive sur une piqûre de moustique : nous n’en avons trouvé aucune dans Europe PMC. Rien ne montre qu’elle calme la démangeaison ou fasse dégonfler le bouton.
L’huile d’olive ne figure pas parmi les gestes conseillés par l’Assurance maladie après une piqûre d’insecte14. Elle ne remplace ni le lavage ni l’antiseptique, et une application répétée pendant des semaines fragilise la peau7.
- Lavez la piqûre à l’eau et au savon, puis appliquez une solution antiseptique14.
- Appliquez du froid pour soulager la douleur et la démangeaison14.
- Évitez de gratter la piqûre14.
- Vérifiez votre vaccination contre le tétanos, un conseil que l’Assurance maladie donne aussi pour les piqûres d’insectes14.
- Si la démangeaison vous gêne, demandez conseil à un pharmacien. Notre page que faire en cas de piqûre de moustique tigre détaille ces gestes.
Quand consulter : l’Assurance maladie conseille un avis médical en cas de gêne importante ou de réaction étendue14. Un gros gonflement peut signaler une allergie à la piqûre de moustique. En cas d’urgence, par exemple une difficulté à respirer, appelez le 15 ou le 11214.
Ce qui protège vraiment des piqûres
L’huile d’olive a sa place en cuisine, pas dans la protection contre les moustiques. Le HCSP demande de privilégier les protections physiques et de ne recourir qu’aux répulsifs autorisés2.
- Choisissez un répulsif autorisé au DEET, à l’IR3535 ou à l’icaridine, les trois substances recommandées par le HCSP en 20262. Notre guide des répulsifs anti-moustiques aide à choisir. Pour un enfant ou pendant la grossesse, demandez à votre pharmacien.
- Couvrez-vous de vêtements longs et amples. Le moustique tigre pique toute la journée, surtout au lever du jour et au crépuscule8.
- Posez des moustiquaires aux fenêtres et sur le berceau, et faites tourner un ventilateur ou la climatisation en appoint3.
- Videz l’eau stagnante autour de la maison : soucoupes, seaux, jouets, arrosoirs. Le moustique tigre reste la plupart du temps dans un rayon de 150 mètres8. Notre page sur l’eau stagnante au jardin liste les endroits à vérifier.
Questions fréquentes sur l’huile d’olive et les moustiques
Huile d’olive ou huile de coco : laquelle éloigne le mieux les moustiques ?
Aucune des deux. Dans le même test sur bras humain, l’huile de coco seule a tenu 33 minutes contre Aedes aegypti et 25,5 minutes contre Culex, à peine plus que l’huile d’olive1. Les deux servaient de témoins négatifs.
Peut-on mettre de l’huile d’olive sur un bébé contre les moustiques ?
Ce n’est pas conseillé. Elle ne protège pas, et les chercheurs qui ont observé son effet sur la barrière de la peau déconseillent de l’utiliser pour masser les nourrissons7. Pour un bébé de moins d’un an, le HCSP recommande une moustiquaire sur le berceau ou le landau2 ; pour un répulsif adapté à son âge, demandez à votre pharmacien ou à votre médecin.
Verser de l’huile d’olive sur l’eau stagnante tue-t-il les larves ?
Un peu, mais c’est l’une des huiles les moins efficaces. À l’université de l’Illinois, 13 huiles alimentaires ont été ajoutées en laboratoire à de l’eau contenant des larves d’Aedes aegypti : l’huile d’olive était la moins mortelle, l’huile de chanvre, riche en acide linoléique, la plus mortelle15. L’huile d’olive a tout de même réduit le nombre de larves arrivées à l’âge adulte et découragé les femelles de pondre dans l’eau traitée15.
Sur le terrain, l’ARS Provence-Alpes-Côte d’Azur conseille une pellicule d’huile végétale à la surface de l’eau dans un cas précis : les siphons de cour à piège à sable8. Pour les récipients, vider, couvrir ou ranger à l’abri de la pluie reste la règle3. Notre guide pour tuer les larves de moustiques naturellement donne les autres méthodes.
Sources
- Sritabutra D., Soonwera M., « Repellent activity of herbal essential oils against Aedes aegypti (Linn.) and Culex quinquefasciatus (Say.) », Asian Pacific Journal of Tropical Disease, 2013, 3(4), 271-276, doi:10.1016/S2222-1808(13)60069-9.
- Haut Conseil de la santé publique, « Recommandations sanitaires aux voyageurs, édition 2026 », avis du 28 mai 2026, chapitre 2 « Risques liés aux arthropodes et protection personnelle antivectorielle », hcsp.fr.
- Assurance maladie, « Prévention commune à toutes les maladies transmises par les moustiques », mise à jour du 28 juillet 2026, d’après les recommandations sanitaires 2026 du Haut Conseil de la santé publique, ameli.fr.
- Fradin M. S., Day J. F., « Comparative efficacy of insect repellents against mosquito bites », New England Journal of Medicine, 2002, 347(1), 13-18, doi:10.1056/NEJMoa011699.
- McMeniman C. J., Corfas R. A., Matthews B. J., Ritchie S. A., Vosshall L. B., « Multimodal integration of carbon dioxide and other sensory cues drives mosquito attraction to humans », Cell, 2014, 156(5), 1060-1071, doi:10.1016/j.cell.2013.12.044.
- Mazzei R., Lombardo L., Zelasco S., Rizzo M., Tagarelli G., « The ethnobotanical heritage of Olea europaea L. in Italy: continuity of a millenary Mediterranean tradition », Plants, 2026, 15(14), 2221, doi:10.3390/plants15142221.
- Danby S. G., AlEnezi T., Sultan A., Lavender T., Chittock J., Brown K., Cork M. J., « Effect of olive and sunflower seed oil on the adult skin barrier: implications for neonatal skin care », Pediatric Dermatology, 2013, 30(1), 42-50, doi:10.1111/j.1525-1470.2012.01865.x.
- Agence régionale de santé Provence-Alpes-Côte d’Azur, « Recommandations générales concernant le moustique tigre à l’attention du grand public », mai 2021, paca.ars.sante.fr.
- Soonwera M., Phasomkusolsil S., « Efficacy of Thai herbal essential oils as green repellent against mosquito vectors », Acta Tropica, 2015, 142, 127-130, doi:10.1016/j.actatropica.2014.11.010.
- Sharma S. K., Dua V. K., Sharma V. P., « Field studies on the mosquito repellent action of neem oil », Southeast Asian Journal of Tropical Medicine and Public Health, 1995, 26(1), 180-182, PMID 8525409.
- Mukesh Y., Savitri P., Kaushik R., Singh N. P., « Studies on repellent activity of seed oils alone and in combination on mosquito, Aedes aegypti », Journal of Environmental Biology, 2014, 35(5), 917-922, PMID 25204067.
- Anses, « Huiles essentielles : à utiliser avec précaution ! », Vigil’Anses n° 24, décembre 2024, vigilanses.anses.fr.
- Anses, « Huiles essentielles : risques et précautions », 17 décembre 2024, anses.fr.
- Assurance maladie, « Morsures et piqûres : les bons réflexes face aux petits maux de l’été », 25 juin 2026, ameli.fr.
- Njoroge T. M., Berenbaum M. R., « Laboratory evaluation of larvicidal and oviposition deterrent properties of edible plant oils for potential management of Aedes aegypti (Diptera: Culicidae) in drinking water containers », Journal of Medical Entomology, 2019, 56(4), 1055-1063, doi:10.1093/jme/tjz021.








