En bref

Le Bti (Bacillus thuringiensis israelensis) est une bactérie utilisée comme larvicide biologique : les larves de moustiques l’avalent en se nourrissant et en meurent, tandis que les adultes, les œufs et la plupart des autres animaux ne sont pas touchés. Chez un particulier, il ne sert que pour une eau qu’on ne peut ni vider, ni couvrir, ni supprimer : un récupérateur impossible à fermer, un bassin sans poissons, un regard qui retient l’eau. Son effet ne dure qu’une à deux semaines environ, il faut donc le renouveler selon l’étiquette du produit, qui doit être autorisé pour les particuliers. Vider ou fermer le point d’eau reste plus efficace et plus durable.

4 toxinesprincipales dans le cristal du Bti, qui agissent ensemble sur l’intestin des larves3
24 à 48 hle temps que le Bti tombe au fond de l’eau traitée3
1 à 2 semainesd’efficacité observée contre le moustique tigre en ville4
Plus de 50 %des gîtes larvaires trouvés en Gironde étaient des récupérateurs d’eau9

Qu’est-ce que le Bti ?

Le Bti est une bactérie, Bacillus thuringiensis sous-espèce israelensis, utilisée depuis des décennies comme larvicide biologique contre les moustiques et les simulies. Ce fut la première souche de Bacillus thuringiensis employée contre les larves de moustiques dans le monde3. En France, c’est le larvicide le plus utilisé : l’Anses le cite, avec la deltaméthrine contre les adultes, parmi les deux substances majoritaires de la lutte antivectorielle5.

Les larvicides autorisés en France se comptent sur les doigts d’une main : des produits à base de Bti, de Lysinibacillus sphaericus, une autre bactérie, et de S-méthoprène5. Le Bti est aussi l’outil de l’EID Méditerranée, l’organisme public qui démoustique le littoral : c’est le seul insecticide qu’elle emploie en milieu naturel, sur plus de 65 000 hectares de marais, 2 000 kilomètres de fossés et 40 000 gîtes urbains par an1.

Le nom complet compte. D’autres Bacillus thuringiensis sont vendus au jardin contre d’autres insectes ; c’est la mention israelensis qui désigne les toxines actives contre les larves de diptères, l’ordre des moustiques3.

Comment le Bti tue les larves de moustiques

Le Bti n’agit que s’il est avalé par une larve. La bactérie produit un petit cristal de protéines, inoffensif tel quel. Une larve de moustique filtre l’eau pour se nourrir, avale ces cristaux, et son intestin, très alcalin, les dissout ; des enzymes les transforment alors en toxines actives qui percent les cellules de la paroi intestinale32. La larve cesse de se nourrir et meurt.

Ce mécanisme explique ce que le Bti ne fait pas. Il ne touche ni les œufs, ni les moustiques adultes : l’EID précise qu’il agit uniquement sur les larves, par ingestion1. Il agit aussi moins vite quand l’eau est froide, car les larves s’alimentent plus lentement1.

Autre atout : aucune résistance au Bti n’a été détectée en plus de trente ans d’usage, grâce à ses quatre toxines qui agissent différemment et se renforcent3. L’Anses le recommande pour cette raison en priorité parmi les larvicides5.

Larves et nymphes de moustique suspendues sous la surface d’une eau jaunâtre, vues à travers la paroi d’un récipient
Les larves, allongées, filtrent l’eau et avalent le Bti ; les nymphes, en forme de virgule, sont le dernier stade avant l’adulte.

Dans quels points d’eau utiliser du Bti ?

Le Bti se justifie uniquement pour une eau stagnante qu’on ne peut ni vider, ni couvrir, ni supprimer. L’ARS Grand Est le formule ainsi : détruire les gîtes larvaires, ou les traiter lorsqu’ils ne peuvent être éliminés8. Une soucoupe ou un seau se vident en dix secondes : aucun produit ne fera mieux. Notre guide pour tuer les larves de moustiques sans produit détaille ces gestes.

Bti ou pas : le bon geste selon le point d’eau
Point d’eauPremier gesteBti utile ?
Soucoupe, seau, jouetVider chaque semaineNon
Récupérateur d’eauCouvercle et moustiquaireS’il ne ferme pas
Bassin avec poissonsLaisser les poissonsRarement
Bassin sans poissonsFaire circuler l’eauPossible
Regard d’eau pluvialeMoustiquaire, curageSi l’eau stagne
Mare naturelleLaisser les prédateursÀ éviter

Le récupérateur d’eau de pluie

Le récupérateur d’eau est le premier candidat. En Gironde, plus de la moitié des gîtes larvaires découverts en une saison se trouvaient dans un récupérateur, et le moustique tigre entre même dans une cuve fermée en passant par la gouttière9. La solution de base reste une moustiquaire ou un tissu tendu entre la sortie de la gouttière et la surface de l’eau9, que montre notre page sur les récupérateurs d’eau comme gîte larvaire. Le Bti prend le relais pour une cuve ancienne, sans couvercle adapté, ou une citerne enterrée difficile d’accès.

Récupérateur d’eau de pluie gris branché sur la descente de gouttière, contre le mur d’une maison
Un récupérateur branché sur la gouttière : si l’arrivée d’eau ne peut pas être fermée par une moustiquaire, c’est un cas où le Bti peut servir.

Le bassin avec ou sans poissons

Dans un bassin peuplé de poissons, le Bti est rarement nécessaire : les ARS conseillent justement d’y mettre des poissons, qui mangent les larves8. Un bassin sans poissons, ou une vasque décorative, peut être traité si l’étiquette du produit prévoit cet usage. Notre fiche sur les bassins d’ornement donne l’entretien de base.

Le regard et l’avaloir

Un regard d’eau pluviale qui garde de l’eau au fond est un gîte discret et fréquent. Les ARS demandent de vérifier le bon écoulement des eaux de pluie, notamment dans les regards9. Si l’eau y stagne malgré le curage, une moustiquaire posée sous la plaque suffit souvent : notre tutoriel pour protéger un regard de descente d’eau pluviale la montre en quatre étapes. À Heidelberg, les équipes de lutte traitaient au Bti aussi bien les pots de fleurs et les arrosoirs que les avaloirs4.

Combien de temps le Bti agit-il ?

Le Bti agit peu de temps : une à deux semaines dans l’étude la plus récente sur le moustique tigre en ville4. Plusieurs raisons l’expliquent. Pulvérisé, il tombe au fond de l’eau en 24 à 48 heures, alors que beaucoup de larves se nourrissent plus haut ; il se fixe sur la vase et la matière organique, il est avalé par d’autres organismes, et la lumière du soleil l’inactive3. Le service de démoustication de la Charente-Maritime le décrit comme très peu rémanent, et en fait justement un produit privilégié pour cette raison2.

Cette courte durée a une conséquence pratique : un traitement unique en juin ne protège pas un récupérateur jusqu’en octobre. Il faut renouveler l’application au rythme indiqué sur l’étiquette, et plus tôt après une grosse pluie qui renouvelle l’eau.

Étude de terrain, 2023

Heidelberg : 4 387 traitements au Bti en une saison

En 2023, la ville d’Heidelberg a fait traiter au Bti, toutes les deux semaines, chaque gîte repéré dans l’espace public et, lors de visites de porte-à-porte, chez les particuliers : 4 387 applications au total. Des chercheurs ont suivi en parallèle 1 320 relevés de pièges pondoirs4.

L’effet le plus fort apparaissait 6 à 13 jours après un traitement, puis s’estompait. Sur la saison, le Bti a réduit la ponte d’environ 41,9 % ; selon le scénario sans traitement calculé par les auteurs, il a aussi empêché le moustique tigre de s’installer sur toute la zone étudiée4. Les trois quartiers suivis gardaient pourtant des foyers persistants malgré des traitements importants. Les auteurs concluent que le Bti réduit nettement les populations, mais que sa courte durée d’action impose des passages répétés4.

Le Bti est-il dangereux pour les poissons, les oiseaux et les autres insectes ?

Le Bti passe pour le moyen le plus sélectif et le moins toxique de lutter contre les moustiques6, mais il n’est pas neutre pour tous les autres animaux. L’Anses souligne qu’il ne porte aucun classement de danger au sens du règlement européen sur l’étiquetage des produits chimiques5. Ses toxines visent des larves de diptères : moustiques, simulies et chironomes3.

Ce sont justement les chironomes qui encaissent l’effet. Une revue systématique de 2023, qui a rassemblé 95 articles et 282 études de cas, montre un effet négatif régulier du Bti sur l’abondance des chironomes, ces moucherons aquatiques qui ne piquent pas, et sur celle des petits crustacés de l’eau7. Pour la plupart des autres animaux, les études étaient trop peu nombreuses pour conclure7.

Ces moucherons nourrissent d’autres espèces. En Camargue, après trois saisons d’épandage de Bti sur les marais, les hirondelles de fenêtre des sites traités ont élevé 2,3 jeunes par nid, contre 3,2 sur les sites non traités, faute de moucherons et d’araignées à rapporter au nid6. Notre page sur le rôle des moustiques dans la nature revient sur cette étude.

Ces résultats portent sur de grands marais traités à répétition, pas sur un récupérateur de 300 litres. Ils plaident pour une règle simple au jardin : réserver le Bti aux cuves, vasques et regards, et laisser les mares et bassins vivants aux poissons, larves de libellules et dytiques.

Larvicide pour particulier : ce que dit la réglementation

Un larvicide contre les moustiques est un produit biocide de type 18, la catégorie des insecticides, et il ne peut être vendu en France qu’avec une autorisation de mise sur le marché10. C’est l’Anses qui délivre ces autorisations après avoir évalué l’efficacité du produit et ses risques pour la santé et l’environnement ; chaque autorisation fixe les conditions d’emploi et de protection de l’utilisateur11.

Tous les produits à base de Bti ne sont pas destinés aux particuliers. L’Anses cite l’exemple d’un larvicide au Bti autorisé uniquement pour des usages professionnels, que l’État a exceptionnellement ouvert au grand public aux Antilles après les ouragans de 20175. Un particulier doit donc choisir un produit autorisé pour un usage non professionnel.

  1. Vérifiez la substance active : Bacillus thuringiensis subsp. israelensis, souvent suivie du nom de la souche.
  2. Vérifiez l’usage prévu : l’étiquette doit indiquer que le produit est destiné au grand public et nommer le type d’eau traité (récupérateur, bassin, récipient).
  3. Contrôlez l’autorisation : les produits biocides autorisés en France figurent dans la base publique BioCID de l’Anses10.
  4. Respectez la dose et la fréquence : elles dépendent du volume d’eau et sont fixées par l’autorisation du produit11.
  5. Contrôlez le résultat : quelques jours après le traitement, regardez s’il reste des larves qui remuent sous la surface, et recommencez au rythme prévu.

Santé : suivez les précautions de l’étiquette et rangez le produit hors de portée des enfants. En cas d’ingestion ou de malaise, appelez un centre antipoison ou votre médecin, et le 15 en cas d’urgence.

Javel, huile, produits ménagers : ce qu’il ne faut pas verser dans l’eau

Aucun produit ménager ne remplace un larvicide autorisé, et la plupart abîment l’eau et le sol. L’eau de Javel est classée très toxique pour les organismes aquatiques et corrosive pour la peau et les yeux ; elle dégage un gaz toxique au contact d’un acide12. Versée dans un récupérateur, un bassin ou un regard, elle finit dans le sol ou le réseau d’eaux pluviales, alors que l’INRS demande de ne pas en rejeter de quantités importantes dans le milieu naturel12.

L’huile, le liquide vaisselle ou le vinaigre posent le même problème. Utilisés pour tuer des larves, ils deviennent des insecticides improvisés, alors qu’un produit destiné à détruire des insectes doit avoir été évalué et autorisé pour cet usage10. Le chlore est un cas à part : les ARS le citent pour traiter l’eau d’une piscine hors d’usage8, pas celle d’un récupérateur ou d’un bassin.

Un dernier piège : les produits insecticides contre les adultes, pulvérisés sur l’eau. Ils visent le stade adulte, pas les larves5 ; notre guide sur la démoustication chez un particulier explique leurs limites.

Pourquoi supprimer le gîte reste la priorité

Supprimer un point d’eau règle le problème pour toute la saison ; le traiter au Bti le règle pour une à deux semaines. Même à Heidelberg, avec des milliers de traitements professionnels, des foyers se maintenaient dans trois quartiers4.

Le moustique tigre pond dans de toutes petites quantités d’eau : bouchons, soucoupes, creux de bâche, gouttières. Les ARS demandent de faire le tour des extérieurs une fois par semaine, de mai à novembre, pour supprimer toutes ces petites accumulations9. Notre page sur les gîtes larvaires du jardin donne la liste des endroits à vérifier. Le Bti vient ensuite, pour les deux ou trois points d’eau qui résistent à ce tri, et seulement pour eux.

Questions fréquentes sur le Bti

Le Bti tue-t-il les œufs ou les moustiques adultes ?

Non. Il n’agit que sur les larves qui l’avalent1. Les œufs collés sur la paroi éclosent plus tard et doivent être frottés quand on vide le récipient ; les adultes déjà sortis continuent de piquer.

Sources

  1. EID Méditerranée, « Traitements antilarvaires », consulté le 29 septembre 2026, eid-med.org.
  2. Département de la Charente-Maritime, service de démoustication, « Le Bti, un larvicide biologique », consulté le 29 septembre 2026, demoustication.charente-maritime.fr.
  3. Ben-Dov E., « Bacillus thuringiensis subsp. israelensis and its dipteran-specific toxins », Toxins, 2014, 6(4), 1222-1243, doi:10.3390/toxins6041222.
  4. Hatfield C. R. S., Stiles P. C., Liyanage P., Baron J. N., Rodriguez A. T., Becker N., Zipf A., Beigl M., Rocklöv J., « Fine-scale temporal and spatial dynamics of Ae. albopictus response to larviciding with Bacillus thuringiensis israelensis in Heidelberg, Germany », Scientific Reports, 2026, 16, 12031, doi:10.1038/s41598-026-46094-9.
  5. Anses, avis relatif à des « recommandations de stratégies d’utilisation de produits biocides dans un contexte inter-épidémique et épidémique contre les moustiques vecteurs de type Aedes, Anopheles et Culex », saisine n° 2020-SA-0029, 18 juillet 2023, anses.fr.
  6. Poulin B., Lefebvre G., Paz L., « Red flag for green spray: adverse trophic effects of Bti on breeding birds », Journal of Applied Ecology, 2010, 47(4), 884-889, doi:10.1111/j.1365-2664.2010.01821.x.
  7. Land M., Bundschuh M., Hopkins R. J., Poulin B., McKie B. G., « Effects of mosquito control using the microbial agent Bacillus thuringiensis israelensis (Bti) on aquatic and terrestrial ecosystems: a systematic review », Environmental Evidence, 2023, 12, 26, doi:10.1186/s13750-023-00319-w.
  8. Agence régionale de santé Grand Est, « Moustique tigre : prévention, symptômes et conseils pour se protéger des maladies vectorielles », mise à jour du 3 juin 2026, grand-est.ars.sante.fr.
  9. Agence régionale de santé Nouvelle-Aquitaine, « Moustique tigre : comment lutter contre le moustique tigre ? », mise à jour du 15 mai 2024, nouvelle-aquitaine.ars.sante.fr.
  10. Ministère de la Transition écologique, « Produits biocides », mise à jour du 26 août 2025, ecologie.gouv.fr.
  11. Anses, « Examining marketing authorisation applications », 12 avril 2022, anses.fr.
  12. INRS, « Eaux et extraits de Javel, hypochlorite de sodium en solution », fiche toxicologique FT 157, septembre 2017, inrs.fr.