En bref
Les moustiques servent surtout de nourriture : leurs larves sont mangées dans l’eau, les adultes par des oiseaux, des chauves-souris, des libellules et des araignées. Les adultes boivent aussi du nectar et pollinisent quelques plantes, dont une orchidée des régions froides. Leurs larves filtrent les bactéries et les débris végétaux des petites eaux. Aucun prédateur connu ne dépend pourtant d’eux seuls, et beaucoup d’écologues pensent que leur disparition passerait presque inaperçue, avec des exceptions locales. Lutter contre le moustique tigre, espèce invasive qui pond dans les récipients de nos jardins, ne prive pas la faune locale de sa nourriture.
Quel est le rôle des moustiques dans la nature ?
Les moustiques jouent trois rôles dans les écosystèmes : ils sont des proies à tous les stades de leur vie, ils se nourrissent de nectar et pollinisent un peu, et leurs larves consomment la matière organique des eaux stagnantes. L’Entente interdépartementale pour la démoustication (EID Méditerranée) résume ainsi leur biologie : les larves mangent bactéries, plancton et restes de végétaux, les adultes des deux sexes boivent du nectar, et seules les femelles piquent, pour mûrir leurs œufs1.
Il n’existe pas « un » moustique. La France en compte plus de soixante espèces2, qui vivent dans des milieux très différents : marais salants, forêts inondables, creux d’arbres, bidons de jardin. Certaines piquent les oiseaux, d’autres les grenouilles, d’autres les mammifères1. Notre page sur les espèces de moustiques présentes en France les présente une à une. Leur rôle écologique dépend donc de l’espèce et du milieu, et c’est ce qui rend la question « à quoi servent les moustiques » plus subtile qu’elle n’en a l’air.
Les moustiques, une nourriture pour d’autres espèces
Les moustiques sont mangés à chaque étape de leur vie, mais ils représentent rarement l’essentiel du menu de leurs prédateurs. L’EID cite parmi eux les oiseaux, les libellules et les araignées1. Dans l’eau, les larves et les nymphes nourrissent des insectes aquatiques, des têtards et des poissons ; notre guide sur les animaux alliés naturels contre les moustiques détaille ces prédateurs.
Une revue de l’Imperial College de Londres a recensé les prédateurs de l’anophèle africain, le moustique du paludisme. Conclusion : la plupart consomment beaucoup d’autres insectes, et aucune espèce ne se nourrit exclusivement de ce moustique5. La seule spécialiste identifiée est une petite araignée sauteuse des bords du lac Victoria, qui préfère les moustiques gorgés de sang mais mange aussi volontiers d’autres espèces5.
Chauves-souris : moins de moustiques qu’on ne le dit
Les chauves-souris mangent des moustiques, mais en général en petite part de leur régime. En Australie, l’analyse de l’ADN des crottes de cinq espèces a montré que seules les deux plus petites (4 à 4,5 grammes) en consommaient, et que les papillons de nuit dominaient le menu. Pour couvrir ses besoins d’une nuit, une de ces minuscules chauves-souris devrait avaler 600 à 660 moustiques, contre 160 à 180 papillons de taille comparable7 : le moustique rapporte peu d’énergie par prise.
Une étude menée dans le Wisconsin nuance ce constat. Des moustiques figuraient dans 71,9 % des échantillons de crottes de la petite chauve-souris brune et dans 33,3 % de ceux de la grande chauve-souris brune, deux espèces nord-américaines, avec 17 types de moustiques différents6. Les auteurs concluent que les moustiques sont plus souvent consommés qu’on ne le pensait. Souvent consommés ne veut pas dire indispensables pour autant.

Étude de terrain, Camargue
Quand on retire les moustiques, les hirondelles le sentent
En Camargue, des chercheurs ont suivi des colonies d’hirondelles de fenêtre avant et pendant trois années de traitement antilarvaire au Bti, le produit biologique le plus sélectif contre les moustiques. Ils ont compté 9 051 allers-retours au nid et identifié 14 857 proies8.
Dans les zones traitées, les parents rapportaient moins de moucherons et de moustiques, et moins de leurs prédateurs, araignées et libellules. Ils compensaient avec des fourmis volantes, plus petites. Résultat : 2,3 jeunes à l’envol par nid contre 3,2 dans les zones témoins8. Dans un grand marais, les moustiques et les moucherons pèsent donc dans l’alimentation des oiseaux insectivores.
Les moustiques pollinisent-ils les fleurs ?
Oui, les moustiques pollinisent certaines plantes, mais leur rôle de pollinisateur reste modeste et bien moins étudié que celui des abeilles. Mâles et femelles ont besoin de sucre pour voler et survivre : ils boivent le nectar des fleurs, ce qui les fait participer à la pollinisation comme de nombreux insectes1. Une revue de 2019 rappelle qu’un moustique fraîchement éclos ne survit pas longtemps sans ce sucre végétal, même quand du sang est disponible12.
Le cas le mieux documenté est une orchidée des tourbières du Nord, Platanthera obtusata (autrefois Habenaria obtusata). Dès 1969, un botaniste a observé que des moustiques du genre Aedes la pollinisaient, en Alaska, au Canada, en Norvège et en Sibérie10. En 2020, une équipe de l’université de Washington a montré que plusieurs moustiques Aedes en sont des pollinisateurs efficaces, attirés par un parfum riche en nonanal, alors que des orchidées voisines au parfum différent ne reçoivent pas leur visite11.
Ces exemples concernent quelques plantes sauvages de milieux froids et humides. Dans les études citées ici, aucune plante cultivée ne dépend des moustiques pour sa pollinisation.
Les larves de moustiques recyclent-elles la matière organique ?
Les larves de moustiques participent à la décomposition dans les petites eaux, en mangeant les bactéries, les algues et les débris qui s’y accumulent. Une larve se nourrit de matières organiques en suspension ou déposées au fond : bactéries, plancton, restes de végétaux ou d’insectes1. Chez le moustique tigre aussi, les larves se nourrissent de débris organiques, d’algues et de micro-organismes présents dans leur gîte13.
Dans un creux d’arbre ou un récipient rempli de feuilles mortes, les larves broutent le film bactérien qui décompose les feuilles. Des expériences en laboratoire avec des feuilles de chêne infusées ont montré qu’elles réduisaient nettement la quantité de bactéries, et que leurs prédateurs modifiaient à leur tour cet équilibre14. Le cycle de vie du moustique explique combien de temps dure cette vie aquatique : moins de 10 jours en plein été1.
La nuance : ce travail de recyclage n’est pas propre aux moustiques. Dans les mêmes eaux vivent d’autres larves d’insectes qui consomment les mêmes ressources et prennent la place laissée libre quand les moustiques reculent5.
Que se passerait-il si les moustiques disparaissaient ?
Pour la plupart des écologues, la disparition des moustiques changerait peu le fonctionnement de la nature, sauf dans quelques milieux où ils abondent. En 2010, la revue Nature a posé la question à une série de chercheurs. Le chapeau de l’article résume leur réponse : éradiquer une espèce aurait de lourdes conséquences pour les écosystèmes, mais pas quand il s’agit des moustiques15.
La revue de l’Imperial College, écrite pour évaluer les nouvelles méthodes génétiques contre l’anophèle, va dans le même sens. Les précédentes campagnes de lutte montrent un phénomène de remplacement : quand une espèce de moustique recule, d’autres insectes occupent sa place, si bien que la quantité de proies disponibles pour les prédateurs ne baisse pas forcément5.
Le débat reste ouvert, et l’expérience camarguaise le rappelle : quand on supprime brutalement les moustiques et les moucherons d’un grand marais, des oiseaux en pâtissent8. Une revue systématique de 2023 sur le Bti confirme un effet négatif régulier sur les chironomes, ces moucherons non piqueurs qui partagent les mêmes eaux et nourrissent poissons et oiseaux9. Le risque tient moins à la disparition des moustiques eux-mêmes qu’aux traitements à grande échelle, qui touchent aussi leurs voisins.
À ne pas confondre : personne ne propose d’éliminer toutes les espèces de moustiques. Les programmes étudiés visent une ou deux espèces qui transmettent des maladies, comme l’anophèle en Afrique ou le moustique tigre en Europe. La technique de l’insecte stérile testée en Italie ne cible ainsi que le moustique tigre.
Lutter contre le moustique tigre menace-t-il la biodiversité ?
Non : supprimer les gîtes du moustique tigre dans un jardin ne prive pas la faune locale d’une ressource dont elle dépendrait. Le moustique tigre (Aedes albopictus) est une espèce venue d’Asie, observée pour la première fois en France à Menton en 20043, et désormais implantée dans 83 départements métropolitains4. Il ne fait pas partie des chaînes alimentaires qui se sont construites ici sur des milliers d’années.
Son habitat est surtout artificiel. L’EID Méditerranée rappelle que ses gîtes de reproduction sont fabriqués par l’Homme, principalement au cœur des quartiers résidentiels3 : soucoupes, seaux, bidons, gouttières, regards. Vider une soucoupe ne touche ni un marais, ni une mare, ni les espèces locales qui y vivent. Le guide sur l’impact du moustique tigre sur la biodiversité locale développe ce point.
Le moustique tigre peut même nuire aux espèces locales. Une revue sur les moustiques invasifs, centrée sur Aedes albopictus, montre qu’il entre en compétition avec les espèces résidentes pour la nourriture des larves dans les récipients et les creux d’arbres, et qu’il a fait reculer d’autres moustiques là où il s’est installé16. Il peut aussi transmettre la dengue, le chikungunya et le Zika4 ; notre page sur les maladies transmises par le moustique tigre fait le point.
| Critère | Espèces locales | Moustique tigre |
|---|---|---|
| Origine | Europe | Asie, en France depuis 2004 |
| Où pondent-ils | Marais, mares, creux d’arbres | Récipients, soucoupes, regards |
| Rôle alimentaire | Proie des zones humides | Espèce introduite |
| Que faire | Laisser la mare vivre | Vider les eaux stagnantes |
Pour reconnaître l’un et l’autre, la page sur la différence entre moustique commun et moustique tigre donne les critères visuels.
Le bon équilibre au jardin : videz chaque semaine tout ce qui retient de l’eau de pluie ou d’arrosage, et gardez les milieux naturels comme la mare ou la haie, qui abritent les prédateurs. Vous visez ainsi le moustique tigre sans toucher aux autres insectes.
Questions fréquentes sur l’utilité des moustiques
Pourquoi les moustiques existent-ils ?
Les moustiques existent parce qu’ils exploitent avec succès les petites eaux temporaires, où leurs larves se développent vite, parfois en moins de 10 jours1. Comme toute espèce, ils ne sont pas apparus « pour » servir à quelque chose : ils occupent une place, et d’autres espèces en profitent.
Tous les moustiques piquent-ils ?
Non. Les mâles ne piquent jamais et vivent de nectar. Seules les femelles prennent du sang, dont les protéines servent à la maturation de leurs œufs2. Sur la quinzaine d’espèces qui piquent l’Homme autour de la Méditerranée française, deux surtout vivent à notre contact2.
Qui mange le plus de moustiques ?
Aucun animal ne vit uniquement de moustiques adultes5. Les hirondelles, les libellules, les araignées et certaines petites chauves-souris en consomment régulièrement16, mais aucun ne suffit à protéger un jardin : la seule mesure qui réduit vraiment les piqûres reste la suppression des eaux stagnantes.
Sources
- EID Méditerranée, « Cycle de vie / Biologie », consulté le 29 septembre 2026, eid-med.org.
- EID Méditerranée, « Nuisants / Vecteurs : le moustique et ses nuisances », consulté le 29 septembre 2026, eid-med.org.
- EID Méditerranée, « Moustique tigre », consulté le 29 septembre 2026, eid-med.org.
- Service-public.fr, « Présence du moustique tigre : informations pratiques et conseils », 11 mai 2026, service-public.gouv.fr.
- Collins C. M., Bonds J. A. S., Quinlan M. M., Mumford J. D., « Effects of the removal or reduction in density of the malaria mosquito, Anopheles gambiae s.l., on interacting predators and competitors in local ecosystems », Medical and Veterinary Entomology, 2019, 33(1), 1-15, doi:10.1111/mve.12327.
- Wray A. K., Jusino M. A., Banik M. T., Palmer J. M., Kaarakka H., White J. P. et al., « Incidence and taxonomic richness of mosquitoes in the diets of little brown and big brown bats », Journal of Mammalogy, 2018, 99(3), 668-674, doi:10.1093/jmammal/gyy044.
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- Poulin B., Lefebvre G., Paz L., « Red flag for green spray: adverse trophic effects of Bti on breeding birds », Journal of Applied Ecology, 2010, 47(4), 884-889, doi:10.1111/j.1365-2664.2010.01821.x.
- Land M., Bundschuh M., Hopkins R. J., Poulin B., McKie B. G., « Effects of mosquito control using the microbial agent Bacillus thuringiensis israelensis (Bti) on aquatic and terrestrial ecosystems: a systematic review », Environmental Evidence, 2023, 12, 26, doi:10.1186/s13750-023-00319-w.
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