En bref

Le gecko ne vous débarrassera pas du moustique tigre. En France, les geckos (surtout la tarente de Maurétanie) chassent la nuit, souvent près des lampes, et mangent toutes sortes d’insectes, d’araignées et de cloportes. Le moustique tigre, lui, pique le jour et ne vient pas aux lampes. Aucune étude ne montre qu’un gecko fasse baisser le nombre de moustiques tigres dans un jardin. La tarente reste une espèce protégée, utile et inoffensive : laissez-la vivre chez vous, et supprimez les points d’eau pour les moustiques.

3 espècesde geckos protégées en France métropolitaine1
80 %d’insectes dans le régime de la tarente2
0 sur 127crottes de tarente contenant le moustique de la dengue, pourtant présent sur place9
150 mle rayon dans lequel vit et pond le moustique tigre12

Quels geckos vivent en France ?

Trois geckos vivent à l’état sauvage en France métropolitaine : la tarente de Maurétanie, l’hémidactyle verruqueux et l’eulepte d’Europe, aussi appelé phyllodactyle1. Tous trois sont nocturnes et fréquentent le pourtour méditerranéen. Ce sont des lézards à part : leurs doigts élargis portent des lamelles adhésives qui leur permettent de grimper sur un mur lisse ou de courir au plafond2.

La tarente de Maurétanie, le gecko des murs

La tarente de Maurétanie (Tarentola mauritanica) est le gecko que l’on croise le plus souvent en France. Elle mesure 7 à 10 cm, rarement jusqu’à 15 cm, avec un corps aplati, beige à brun, qui fonce ou pâlit selon la température2. On l’appelle aussi tarente du Midi ou tarente de Provence. Elle vit dans les éboulis, les oliveraies, les ruines, les murs de pierre et les maisons.

Longtemps limitée au littoral méditerranéen, elle gagne le nord. La LPO la signale désormais vers Grenoble et dans le Tarn, et note qu’elle se sert des voies ferrées pour se disperser2. À Condrieu, dans le Rhône, une population découverte en 2015 comptait 125 tarentes, dont 28 jeunes, lors du comptage de juillet 20243.

L’hémidactyle verruqueux, plus petit et plus rare

L’hémidactyle verruqueux (Hemidactylus turcicus) est plus fin, rosé et presque translucide, avec de petits tubercules clairs sur le dos. En Provence-Alpes-Côte d’Azur, l’atlas de la LPO le recense dans trois départements seulement : les Alpes-Maritimes, les Bouches-du-Rhône et le Var5. Il vit aussi en Corse6. Ailleurs, les observations restent accidentelles : en Gironde, l’espèce est notée comme introduite mais non établie4.

Le troisième, l’eulepte d’Europe (Euleptes europaea), vit surtout en Corse et sur des îlots comme les Lavezzi ou Port-Cros6 : vous le croiserez rarement au jardin.

Le gecko est-il une espèce protégée ?

Oui. Les trois geckos de France figurent dans l’arrêté du 8 janvier 2021 qui fixe la liste des amphibiens et reptiles protégés sur le territoire national1. La tarente de Maurétanie et l’hémidactyle verruqueux relèvent de l’article 3 de cet arrêté. Il interdit, partout et en tout temps :

  • la destruction ou l’enlèvement des œufs ;
  • la destruction, la mutilation, la capture ou l’enlèvement des animaux ;
  • leur perturbation intentionnelle, quand elle compromet leur cycle biologique ;
  • la détention, le transport, la vente ou l’achat d’animaux prélevés dans la nature1.

L’eulepte d’Europe est inscrit à l’article 2, plus strict : ses lieux de reproduction et de repos sont eux aussi protégés1. La tarente et l’hémidactyle sont classés en « préoccupation mineure » sur les listes rouges de l’UICN24 : ils ne sont pas menacés, mais la loi les protège quand même.

Que mange un gecko ?

Un gecko de France mange surtout des arthropodes : insectes, araignées, cloportes, mille-pattes. La LPO estime que les insectes forment 80 % du régime de la tarente, complété par des araignées, de petits escargots et des fruits très mûrs2.

Dans une zone agricole du centre de l’Espagne, suivie pendant deux ans, la tarente mangeait une large gamme d’arthropodes, et son menu changeait avec les saisons, surtout selon la taille des proies disponibles7. Au Texas, où l’hémidactyle a été introduit, l’analyse de 167 estomacs a montré que les proies les plus importantes en volume étaient des criquets et sauterelles, des papillons et des cloportes. Les geckos perchés en hauteur prenaient davantage de proies volantes, ceux du bas davantage de proies qui marchent au sol8.

Étude par ADN, 2022

Les crottes de 127 tarentes passées au crible

Des chercheurs portugais ont identifié par l’ADN les proies contenues dans les crottes de tarentes de Maurétanie installées à Madère9. Les proies les plus fréquentes : un mille-pattes (dans 63,8 % des échantillons), la blatte américaine (30,7 %) et une petite teigne (27,6 %). Les familles dominantes étaient les cloportes, les iules et les fourmis, des animaux qui vivent au sol.

Un seul moustique figure dans la liste : Culex theileri, connu pour transmettre la filaire du chien. Aedes aegypti, le moustique de la dengue, proche cousin du moustique tigre, vit pourtant sur la même côte que ces tarentes. Il n’a été trouvé dans aucune crotte9.

Le gecko mange-t-il le moustique tigre ?

Un gecko peut attraper un moustique tigre de temps en temps, mais son effet sur les populations est très probablement marginal. Aucune étude publiée, à notre connaissance, n’a mesuré une baisse du nombre de moustiques tigres grâce aux geckos. Trois raisons l’expliquent.

Ils ne sortent pas aux mêmes heures

La tarente est strictement nocturne. La LPO la décrit « la nuit venue, à la lumière des lampadaires, plaquée contre un mur », à l’affût des insectes éblouis2. Le moustique tigre pique toute la journée, avec des pics au lever du jour et au crépuscule12. Entre deux repas, il se repose à l’ombre des arbres12, loin des murs éclairés où guette la tarente.

Le moustique tigre ne vient pas aux lampes

En Australie, les geckos domestiques qui chassent près des éclairages y trouvent davantage d’insectes11. Or les moustiques en général, et le moustique tigre en particulier, sont très peu attirés par la lumière : notre guide sur la lumière et les moustiques détaille les études. Le gecko vide donc la lampe de ses papillons de nuit, pas de vos moustiques tigres.

Même en laboratoire, les Aedes sont moins mangés

Une expérience australienne a mesuré combien de moustiques deux geckos tropicaux mangeaient dans une pièce fermée, en 24 heures10. Les espèces attirées par la lumière ont été dévorées à 78 à 100 %. Les espèces qui ne vont pas à la lumière, dont Aedes aegypti, le cousin du moustique tigre, n’ont été mangées qu’à 33 à 53 %. Dans un petit terrarium très peuplé, ces geckos pouvaient avaler jusqu’à une centaine de moustiques par jour, mais un terrarium n’a rien à voir avec un jardin où les proies sont dispersées.

Ces geckos d’Australie et d’Asie ne sont pas la tarente, mais la logique reste la même : un gecko mange ce qu’il croise la nuit, et le moustique tigre croise peu son chemin.

Tarente et moustique tigre : deux calendriers différents
PointTarenteMoustique tigre
ActivitéLa nuitLe jour
LampesY chasseN’y vient pas
Où la trouverMurs, pierresOmbre des arbres
Proies ou hôtesInsectes variésHumains, animaux

Le gecko rend d’autres services : il mange des blattes, des papillons de nuit et bien d’autres insectes des maisons9. Il a sa place dans la chaîne alimentaire du jardin, comme les autres prédateurs des moustiques, dont aucun ne suffit à lui seul. Les moustiques eux-mêmes nourrissent une partie de cette faune, un point développé dans la page à quoi servent les moustiques.

Le gecko est-il dangereux ?

Non, les geckos de France ne sont ni venimeux ni agressifs. L’idée qu’ils seraient venimeux ou qu’ils donneraient des maladies de peau est une croyance ancienne : une étude menée dans le sud du Portugal l’a relevée chez les habitants, et elle pousse encore des gens à tuer ces animaux13.

La seule précaution concerne l’hygiène. Santé publique France rappelle que les reptiles sont très souvent porteurs de salmonelles, des bactéries qui donnent des infections digestives, et conseille de se laver les mains au savon après un contact direct14. Ne manipulez pas un gecko, nettoyez les crottes sur un rebord de fenêtre avec des gants ou un essuie-tout, et lavez-vous les mains ensuite, surtout s’il y a un nourrisson à la maison. En cas de fièvre ou de diarrhée qui dure, demandez conseil à votre médecin.

Comment accueillir un gecko au jardin sans créer de gîtes à moustiques

Un gecko s’installe là où il trouve des fissures chaudes et des insectes. La tarente affectionne les murs de pierre, les ruines et les éboulis, dans des milieux chauds et secs2. Quelques aménagements simples lui conviennent, à condition de ne pas créer au passage de l’eau stagnante.

  1. Gardez les murets de pierres sèches et leurs interstices. Évitez de tout rejointoyer au ciment si le mur n’en a pas besoin.
  2. Faites un tas de pierres au soleil, contre un mur exposé au sud. Posez les pierres à plat sur un sol drainant : aucune ne doit former de cuvette qui retient la pluie.
  3. Bannissez les abris creux qui gardent l’eau : parpaings à alvéoles tournées vers le haut, tuiles posées à l’envers, vieux pots empilés, bâches. Ce sont des gîtes larvaires classiques pour le moustique tigre.
  4. N’ajoutez pas de coupelle d’eau « pour le gecko ». La tarente vit dans des milieux secs2, et une coupelle d’eau fait partie des petits récipients où pond le moustique tigre. L’ARS conseille de vider ce type de récipient deux fois par semaine12.
  5. Limitez les insecticides sur les murs et la terrasse : ils suppriment les insectes dont le gecko se nourrit7.

Le bon réflexe : après une pluie, faites le tour de votre muret et de votre tas de pierres. Si une pierre creuse ou un objet garde de l’eau, retournez-le ou retirez-le. Le guide sur l’eau stagnante au jardin liste les endroits à contrôler.

N’installez pas non plus une lampe exprès pour « nourrir » le gecko. Elle attirerait surtout des papillons de nuit et d’autres insectes nocturnes, sans toucher le moustique tigre. L’arrivée du moustique tigre pèse déjà sur la faune locale, comme l’explique notre page sur l’impact du moustique tigre sur la biodiversité : inutile d’ajouter une pollution lumineuse.

Ce qu’il ne faut pas faire avec un gecko

Capturer, déplacer ou garder un gecko sauvage est interdit par l’arrêté de 20211. Cela vaut aussi pour les bonnes intentions.

À éviter : attraper une tarente pour l’installer dans votre jardin, en rapporter une de vacances dans le Midi, la garder en terrarium ou détruire ses œufs. Si un gecko entre dans la maison, ne l’attrapez pas : laissez une fenêtre ou une porte ouverte à la nuit tombée pour qu’il puisse repartir de lui-même.

Évitez aussi de relâcher au jardin un gecko acheté en animalerie en pensant lutter contre les moustiques. Aucune des études citées plus haut ne montre qu’un gecko cible le moustique tigre, et un gecko installé hors de son aire peut peser sur la faune locale : à Madère, la tarente introduite mange jusqu’au lézard propre à l’île9.

Questions fréquentes sur le gecko et les moustiques

Gecko ou tarente, quelle différence ?

La tarente est un gecko. « Gecko » désigne toute une famille de lézards aux doigts adhésifs ; la tarente de Maurétanie est simplement l’espèce la plus répandue en France2.

Pourquoi un gecko vient-il dans ma maison ?

Il y trouve des murs chauds, des fissures et les insectes de vos lampes : la tarente colonise volontiers les habitations2.

Combien de moustiques mange un gecko par nuit ?

Personne ne l’a mesuré pour la tarente en France. Le seul ordre de grandeur publié, jusqu’à une centaine par jour, vient d’une expérience en terrarium avec des geckos tropicaux et une très forte densité de moustiques10. Il ne s’applique pas à un gecko de jardin.

Sources

  1. Arrêté du 8 janvier 2021 fixant la liste des amphibiens et des reptiles représentés sur le territoire métropolitain protégés sur l’ensemble du territoire national et les modalités de leur protection, articles 2 et 3, legifrance.gouv.fr.
  2. LPO, « Tarente de Maurétanie », fiche espèce, lpo.fr.
  3. LPO Auvergne-Rhône-Alpes, « Suivi d’une population de tarentes de Maurétanie dans le Rhône », comptage de juillet 2024 à Condrieu, auvergne-rhone-alpes.lpo.fr.
  4. Observatoire FAUNA, fiche espèce Hemidactylus turcicus (statuts de protection et liste rouge nationale 2015, présence en Gironde), observatoire-fauna.fr.
  5. LPO Provence-Alpes-Côte d’Azur, Atlas Biodiv’PACA, « Hémidactyle verruqueux », biodivpaca-lpo.org.
  6. Office de l’environnement de la Corse, Faune sauvage de Corse, fiche « Phyllodactyle d’Europe », faunesauvagedecorse.oec.fr.
  7. Gil M. J., Guerrero F., Pérez-Mellado V., « Seasonal variation in diet composition and prey selection in the Mediterranean gecko Tarentola mauritanica », Israel Journal of Zoology, 1994, 40(1), 61-74, doi:10.1080/00212210.1994.10688735.
  8. Saenz D., « Dietary overview of Hemidactylus turcicus with possible implications of food partitioning », Journal of Herpetology, 1996, 30(4), 461, doi:10.2307/1565688.
  9. Martins B., Silva-Rocha I., Mata V. A., Gonçalves Y., Rocha R., Rato C., « Trophic interactions of an invasive gecko in an endemic-rich oceanic island: insights using DNA metabarcoding », Frontiers in Ecology and Evolution, 2022, 10, 1044230, doi:10.3389/fevo.2022.1044230.
  10. Canyon D. V., Hii J. L. K., « The gecko: an environmentally friendly biological agent for mosquito control », Medical and Veterinary Entomology, 1997, 11(4), 319-323, doi:10.1111/j.1365-2915.1997.tb00416.x.
  11. Zozaya S. M., Alford R. A., Schwarzkopf L., « Invasive house geckos are more willing to use artificial lights than are native geckos », Austral Ecology, 2015, 40(8), 982-987, doi:10.1111/aec.12287.
  12. Agence régionale de santé Provence-Alpes-Côte d’Azur, « Recommandations générales concernant le moustique tigre à l’attention du grand public », mai 2021, paca.ars.sante.fr.
  13. Ceríaco L. M. P., Marques M. P., Madeira N., Vila-Viçosa C. M., Mendes P., « Folklore and traditional ecological knowledge of geckos in Southern Portugal: implications for conservation and science », Journal of Ethnobiology and Ethnomedicine, 2011, 7, 26, doi:10.1186/1746-4269-7-26.
  14. Santé publique France, « Salmonellose : la maladie », mise à jour du 4 septembre 2026, santepubliquefrance.fr.