En bref

Un moucheron qui pique n’est pas un moustique. En France, trois groupes de minuscules insectes piquent : les simulies, petites mouches noires et rondes nées dans les cours d’eau ; les cératopogonidés, dont les culicoïdes et les « arabis » du littoral méditerranéen, dont les larves vivent dans la vase et les sols humides ; et les phlébotomes, velus et brun clair, qui piquent la nuit dans le Midi. Ils mesurent 1 à 4 mm, passent à travers une moustiquaire ordinaire et donnent des piqûres qui démangent souvent plus que celles d’un moustique. Le phlébotome transmet la leishmaniose, surtout au chien ; les culicoïdes transmettent la fièvre catarrhale ovine aux ruminants, pas à l’humain. Vêtements couvrants, répulsif cutané et moustiquaire à mailles fines protègent le mieux.

1 à 3 mmla taille d’un culicoïde adulte7
94,7 %des personnes piquées par des simulies souffraient de démangeaisons8
22 casde leishmaniose contractée en France métropolitaine chaque année, en moyenne sur 1999-20094
Avril à novembrela saison des phlébotomes en Méditerranée3

Quel moucheron pique ?

Trois familles de moucherons piquent l’humain en France : les simulies, les cératopogonidés et les phlébotomes. Aucune n’appartient à la famille des moustiques, les culicidés, même si toutes font partie des diptères, l’ordre des mouches1.

Chez les trois, seule la femelle pique17. Les insectes qui ressemblent à de grands moustiques sans piquer, comme la tipule, sont présentés dans notre guide sur le cousin, faux moustique géant.

Reconnaître un moucheron piqueur
InsecteTaillePique surtoutLarves
SimulieJusqu’à 3 mmAube et crépusculeEau courante
Culicoïde1 à 3 mmCrépuscule et nuitVase, sol mouillé
« Arabis » (Leptoconops)Environ 2 mmLe jour, à la chaleurSable, sol alluvial
Phlébotome1,5 à 4 mmCrépuscule et nuitSol riche en débris

Sources du tableau : EID Méditerranée1, ECDC2, université Purdue7 et département de la santé de l’Illinois9.

La simulie, petite mouche noire des rivières

La simulie est une petite mouche noire et trapue, d’au plus 3 mm, dont les larves vivent fixées aux pierres des cours d’eau. L’EID Méditerranée la décrit comme une « mouche » noire et ronde, présente dans la quasi-totalité des rivières, très agressive à l’aube et au crépuscule, et toute la journée par temps couvert ou à l’ombre1. C’est souvent elle qu’on appelle « petit moustique noir qui pique ».

La simulie ne pique pas comme un moustique. Ses pièces buccales coupent la peau comme des ciseaux, puis elle lape le sang qui perle9. On ne sent pas toujours la piqûre sur le moment, mais une démangeaison vive, plus forte que celle d’un moustique, suit rapidement1. Les pullulations suivent souvent une rivière perturbée : eau plus chargée en matière organique, débit modifié1.

Les simulies piquent dehors, près de l’eau, souvent à plusieurs en même temps8. Elles visent volontiers le bas du corps selon l’EID1, mais peuvent aussi s’en prendre aux bras, à la tête et au cou8, et même entrer dans le nez ou les oreilles9.

Culicoïdes et « arabis » : les moucherons de la vase

Les culicoïdes sont des moucherons grisâtres de 1 à 3 mm, rougeâtres une fois gorgés de sang, qui commencent à piquer au crépuscule et continuent la nuit7. Leurs larves se développent dans des milieux à demi aquatiques riches en matière organique : marais, tourbières, creux d’arbres, bois pourri gorgé d’eau, fentes d’un sol humide7. Ils appartiennent à la famille des cératopogonidés1.

Les « arabis » du littoral méditerranéen

Sur la côte du Languedoc-Roussillon, le moucheron qui pique en plein jour s’appelle localement « arabi ». Il s’agit d’un autre cératopogonidé, du genre Leptoconops : environ 2 mm, tête noire, ailes grises, et une férocité que l’EID Méditerranée souligne1. Les arabis piquent à toute heure mais surtout à la chaleur, essentiellement dans les cheveux, avec une nuisance maximale de mai à août. Leurs larves vivent dans le sable des arrière-plages et les sols lourds des bords d’étangs, que l’arrosage des golfs et pelouses peut entretenir1.

Le phlébotome, le moucheron qui pique la nuit

Le phlébotome est un moucheron velu de 1,5 à 3,5 mm, aux grands yeux noirs et aux longues pattes, qui tient ses ailes dressées en V quand il est posé2. L’EID Méditerranée le décrit brun clair, jusqu’à 4 mm1. La plupart des espèces piquent au crépuscule et la nuit, quand la température baisse et que l’humidité monte, parfois le jour dans une pièce sombre2.

Il vole mal, par petits bonds, et s’éloigne rarement de plus de quelques centaines de mètres de son lieu de naissance2. Ses larves vivent sur la terre ferme, pas dans l’eau : fissures du sol, terriers, nids d’oiseaux, creux d’arbres, fentes des murs de maisons et d’étables, dans des recoins calmes, sombres et humides1, où elles mangent des débris organiques, feuilles mortes ou excréments d’animaux2. En France, les espèces les plus courantes sont Phlebotomus perniciosus et P. ariasi2. Peu d’espèces piquent l’humain dans le Midi, et la gêne reste faible1 ; le phlébotome compte surtout pour ce qu’il transmet.

À quoi ressemble une piqûre de moucheron ?

Une piqûre de moucheron laisse le plus souvent un petit bouton rouge qui démange, parfois une sensation de brûlure, parfois une réaction allergique locale avec de fortes démangeaisons7. Les piqûres de simulies sont les mieux étudiées. En Pologne, des médecins ont suivi 418 personnes piquées : 94,7 % avaient des démangeaisons, 55 % une brûlure, 44 % un gonflement et 41 % une rougeur8. Les lésions, souvent de petits boutons groupés, duraient plusieurs jours, et parfois plusieurs semaines8.

Chez 11,5 % de ces patients, la piqûre s’accompagnait de signes généraux : maux de tête, fièvre, douleurs articulaires ou ganglions gonflés8. Si vous hésitez sur l’origine d’un bouton, notre guide sur le bouton qui gratte comme une piqûre de moustique passe en revue les autres causes.

Les gestes de base sont les mêmes que pour une piqûre de moustique : nettoyer à l’eau et au savon, appliquer un antiseptique, mettre du froid et éviter de gratter13. Pour un traitement contre les démangeaisons, demandez conseil à votre pharmacien.

Quand consulter : une gêne importante ou une réaction étendue justifie un avis médical13, tout comme de la fièvre ou des ganglions après des piqûres. Un gonflement du visage, une gêne pour respirer ou un malaise imposent d’appeler le 15 ou le 112.

Quelles maladies les moucherons transmettent-ils en France ?

En France métropolitaine, le phlébotome est le moucheron piqueur qui compte pour la santé humaine ; les culicoïdes transmettent des virus graves aux ruminants, sans risque pour l’humain5.

La leishmaniose, par le phlébotome

Le phlébotome transmet Leishmania infantum, le parasite de la leishmaniose, qui touche surtout le chien en France14. Chez l’humain, la maladie reste rare : 241 cas contractés en France métropolitaine ont été déclarés entre 1999 et 2009, soit 22 par an en moyenne, à 85 % sous la forme viscérale, qui atteint les organes internes4. Santé publique France notait déjà une tendance à l’augmentation des cas et à l’extension territoriale de la maladie dans le sud du pays4.

Le virus Toscana

Le phlébotome transmet aussi le virus Toscana, présent en France et dans tout le pourtour méditerranéen3. Les cas surviennent uniquement pendant la saison des phlébotomes, d’avril à novembre, avec un pic de juillet à septembre ; l’infection se manifeste souvent par une méningite3.

La fièvre catarrhale ovine, par les culicoïdes

Les culicoïdes transmettent le virus de la fièvre catarrhale ovine, ou maladie de la langue bleue, aux moutons et aux bovins. L’Anses est claire : ce virus ne se transmet pas à l’humain, et la viande ou le lait d’animaux infectés se consomment sans danger5. Le sérotype 3, arrivé de Belgique en 2024, comptait plus de 190 foyers dans le nord de la France fin août 20245. Les mêmes moucherons transmettent la maladie hémorragique épizootique, confirmée pour la première fois en France chez trois bovins en septembre 2023, elle aussi sans risque pour l’humain6.

Aucune des sources officielles consultées ne cite de maladie humaine transmise par les simulies en France ; ailleurs dans le monde, le HCSP les associe à l’onchocercose, une maladie tropicale10. Pour les maladies liées aux moustiques eux-mêmes, voyez notre page sur les maladies transmises par le moustique tigre.

Pourquoi les moucherons passent-ils à travers la moustiquaire ?

Les moucherons piqueurs traversent une moustiquaire ordinaire parce qu’ils sont plus petits que ses mailles. Les phlébotomes, bien plus petits que les moustiques, passent par des trous plus fins11. Le Haut Conseil de la santé publique fait le même constat pour un culicoïde tropical, qui passe à travers les mailles des moustiquaires habituelles, surtout si elles ne sont pas imprégnées d’insecticide10.

Une moustiquaire classique arrête donc les moustiques, pas forcément les moucherons. Contre les culicoïdes, des moustiquaires à mailles plus fines que les grillages de fenêtre habituels réduisent nettement les piqûres7. Sur un lit, elle doit être bien bordée sous le matelas11.

Comment se protéger des moucherons qui piquent ?

  1. Couvrez-vous aux bonnes heures. Manches longues, pantalon et chaussures fermées à l’aube et au crépuscule près des rivières, le soir et la nuit dans le Midi en été1210. Un chapeau est conseillé contre les simulies9, et les arabis piquent surtout dans les cheveux1.
  2. Appliquez un répulsif cutané sur la peau découverte. Le HCSP cite le DEET contre les culicoïdes, les simulies et les phlébotomes, et l’IR3535 contre les culicoïdes et les phlébotomes ; l’icaridine est moins efficace que le DEET contre les culicoïdes10. Contre les simulies, les répulsifs protègent moins bien que contre les moustiques9 : les vêtements comptent davantage. Notre guide des répulsifs anti-moustiques détaille les produits recommandés et les précautions pour les enfants et la grossesse ; votre pharmacien peut vous conseiller.
  3. Posez une barrière fine aux fenêtres de la chambre ou sur le lit, à mailles plus serrées qu’une moustiquaire courante711. Une pièce climatisée ou bien protégée reste l’endroit le plus sûr la nuit11.
  4. Protégez votre chien dans le Midi : l’ECDC cite les colliers et pipettes insecticides pour les chiens2. Votre vétérinaire indiquera lequel utiliser.

Si ce qui vous pique dans la chambre est bien un moustique, les conseils de notre page sur le moustique dans la chambre s’appliquent. L’Assurance maladie ne retient, en 2026, que trois substances pour les répulsifs cutanés : le DEET, l’IR3535 et l’icaridine12.

Peut-on supprimer les moucherons piqueurs de son jardin ?

Non, pas comme les moustiques. Le Bti, le larvicide biologique utilisé contre les larves de moustiques, n’agit pas sur les larves d’arabis ni sur celles des phlébotomes, qui vivent dans le sol1. Pour les simulies, il n’existe à ce jour ni lutte opérationnelle ni cadre réglementaire selon l’EID Méditerranée1.

Vider une soucoupe ne changera rien aux simulies de la rivière voisine. Contre le moustique tigre, en revanche, supprimer l’eau stagnante du jardin marche.

Pour savoir à qui vous avez affaire : notez l’heure, le lieu et la place des piqûres. En plein jour au bord de l’eau et en groupe : plutôt une simulie. Dans les cheveux sur une plage du Languedoc : un arabi. La nuit, dans le Midi, en été : pensez au phlébotome. Un insecte rayé noir et blanc bien visible évoque plutôt le moustique tigre, et notre guide des espèces de moustiques en France vous aidera à le nommer.

Questions fréquentes sur les moucherons qui piquent

Quel moucheron pique la nuit ?

La nuit, ce sont surtout les culicoïdes, qui commencent au crépuscule7, et, dans le sud de la France entre avril et novembre, les phlébotomes2. Tous deux sont assez petits pour passer une moustiquaire ordinaire.

Une piqûre de moucheron est-elle dangereuse ?

Le plus souvent, non : elle gratte, parfois plusieurs jours. Des signes généraux (fièvre, maux de tête) après des piqûres justifient un avis médical8.

Sources

  1. EID Méditerranée, « Moustiques ou pas moustiques ? Pour les reconnaître et ne pas les confondre », juillet 2021, eid-med.org.
  2. Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), « Phlebotomine sand flies », fiche pour les experts, ecdc.europa.eu.
  3. Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), « Toscana virus infection », mise à jour du 15 décembre 2023, ecdc.europa.eu.
  4. Dedet J.-P., « Les leishmanioses en France métropolitaine », Santé publique France, 2010, mis à jour le 2 septembre 2019, santepubliquefrance.fr.
  5. Anses, « Fièvre catarrhale ovine (maladie de la langue bleue) : ce qu’il faut savoir », 2 septembre 2024, anses.fr.
  6. Anses, « First cases of epizootic haemorrhagic disease in France », 27 septembre 2023, anses.fr.
  7. Purdue University, Public Health and Medical Entomology, « Biting Midges », extension.entm.purdue.edu.
  8. Sitarz M., Buczek A. M., Buczek W., « Skin lesions and systemic reactions in humans infested by blackflies (Diptera: Simuliidae) in recreational areas in southeastern Poland », Journal of Clinical Medicine, 2021, 10(4), 788, doi:10.3390/jcm10040788.
  9. Illinois Department of Public Health, « Black Flies (Buffalo Gnats) », dph.illinois.gov.
  10. Haut Conseil de la santé publique, « Recommandations sanitaires aux voyageurs », édition 2024 actualisée en avril 2025 (tableau 8 sur les répulsifs, chapitre sur le virus Oropouche), hcsp.fr.
  11. Centers for Disease Control and Prevention (CDC), « Preventing Leishmaniasis », 11 mars 2024, cdc.gov.
  12. Assurance maladie, « Prévention commune à toutes les maladies transmises par les moustiques », mise à jour du 28 juillet 2026, d’après les recommandations sanitaires 2026 du Haut Conseil de la santé publique, ameli.fr.
  13. Assurance maladie, « Morsures et piqûres : les bons réflexes face aux petits maux de l’été », 25 juin 2026, ameli.fr.