En bref
Non, les ultrasons ne repoussent pas les moustiques. Une revue Cochrane a rassemblé dix études de terrain : aucune n’a trouvé moins de moustiques posés sur la peau avec un appareil à ultrasons que sans. Les essais menés sur le moustique tigre concluent de la même façon, et une étude a même mesuré davantage de tentatives de piqûre quand l’appareil était allumé. Le Haut Conseil de la santé publique range les appareils sonores à ultrasons parmi les moyens « à ne pas utiliser ». Les applications pour smartphone reposent sur le même principe et n’ont pas fait mieux. Pour se protéger, il reste le répulsif cutané, la moustiquaire, le ventilateur et la chasse aux points d’eau.
Les ultrasons sont-ils efficaces contre les moustiques ?
Les appareils à ultrasons n’empêchent pas les moustiques de piquer. C’est la conclusion d’une revue Cochrane publiée en 2007, qui a réuni toutes les études de terrain assez rigoureuses pour être comparées : dans les dix, le nombre de moustiques capturés sur les bras et les jambes nus des volontaires était le même, appareil allumé ou éteint. Les auteurs estiment qu’il n’existe aucune justification pour les vendre comme moyen de prévention3.
Les autorités sanitaires françaises en tirent la même conséquence. Dans ses recommandations 2026, le Haut Conseil de la santé publique classe les « appareils sonores à ultrasons » parmi les moyens non recommandés, « dont l’efficacité ou l’innocuité n’est pas démontrée », avec la mention « à ne pas utiliser ». Les bracelets anti-insectes, les huiles essentielles et la vitamine B1 figurent dans la même liste1. L’Assurance maladie reprend ce classement et range les appareils à ultrasons parmi les mesures insuffisamment efficaces pour prévenir les piqûres2.
Prise, boîtier, porte-clés ou lampe « à ultrasons » : seule la forme change. Notre page sur les pièges et répulsifs contre les moustiques classe l’ensemble des moyens vendus selon leur efficacité réelle.
Pourquoi le principe des ultrasons ne tient pas
Les fabricants avancent deux explications. Certains appareils imiteraient le battement d’ailes d’un moustique mâle, qui ferait fuir les femelles déjà fécondées. D’autres reproduiraient le son d’une libellule, prédateur des moustiques. L’entomologiste Wayne Crans, de l’université Rutgers, résume la réponse des spécialistes : les femelles fécondées ne fuient pas les mâles, et les moustiques ne quittent pas un endroit où chassent des libellules4.
Il faut aussi rappeler qui pique : seule la femelle cherche du sang. Or l’oreille des moustiques, logée à la base des antennes, sert d’abord à la parade nuptiale, et c’est le mâle qui repère la femelle au son de son vol. Chez le moustique de la dengue, proche cousin du moustique tigre, les mâles entendent le vol d’une femelle jusqu’à une dizaine de mètres, et les sons compris entre 200 et 1 000 hertz, ceux de la voix humaine, tombent dans la zone où leur oreille est la plus sensible5. Ces fréquences sont graves, très loin des ultrasons, qui commencent vers 20 000 hertz. Dans une étude en vol libre, les femelles réagissaient au son moins que les mâles, et celles de l’anophèle presque pas6.
Ce que montrent les essais en laboratoire et sur le terrain
Les ultrasons ont été testés sur plusieurs espèces, dont le moustique tigre. Aucun essai publié que nous avons consulté ne montre de protection.
Essai en serre, 2013
1 500 moustiques tigres et sept produits du commerce
Une équipe de chercheurs israéliens et américains a lâché 1 500 moustiques tigres, puis 1 500 moustiques communs, dans deux serres fermées par du grillage. Des volontaires portaient chacun un produit « anti-moustique » : bracelets, patchs, diffuseurs portatifs ou porte-clés sonore. D’autres ne portaient rien et servaient de témoins8.
Le porte-clés sonore n’a apporté aucune protection significative par rapport aux volontaires sans produit, tout comme les bracelets et les patchs. Seuls deux diffuseurs portatifs de substances volatiles ont fait baisser les piqûres8.
Au Brésil, trois appareils électroniques ont été testés sur le moustique tigre en exposant des mains humaines dans une boîte d’expérience, appareil allumé puis éteint. Aucun ne s’est montré efficace ; un effet apparent de 30 % dans la première série d’essais ne s’est pas confirmé dans la seconde7.
À l’université du Kansas, des chercheurs ont construit un appareil qui balaie toutes les fréquences de 20 à 100 kilohertz, avec des motifs sonores aléatoires, et l’ont réglé entre 90 et 102 décibels. Les femelles de deux espèces d’anophèles n’ont pas été repoussées, quelle que soit la plage de fréquences. Les auteurs concluent que les ultrasons, en général, ne sont pas une piste prometteuse9.
La question « quelle fréquence pour faire fuir les moustiques ? » n’a donc pas de bonne réponse : de 9,6 à 100 kilohertz, aucune fréquence testée n’a éloigné les femelles.
Les applications anti-moustique pour smartphone
Une application anti-moustique promet de transformer le téléphone en répulsif en diffusant un son aigu par son haut-parleur. Elle repose sur le même principe que les prises à ultrasons, et rien ne permet de penser qu’elle fasse mieux.
Nous n’avons trouvé aucune étude publiée qui évalue précisément une application pour smartphone. L’essai le plus proche date de 2010 : deux chercheurs brésiliens ont testé trois appareils du commerce et un programme informatique qui diffusait cinq fréquences, de 9,6 à 18,2 kilohertz. Dans une chambre d’expérience, le moustique de la dengue a fait 20 à 50 % de tentatives de piqûre en plus quand le son était allumé ; le taux redescendait à l’arrêt, puis remontait de 33,7 % à 11,8 kilohertz quand on rallumait10.
Ces fréquences, toutes inférieures à 20 kilohertz, restent audibles pour une bonne partie des gens : l’oreille humaine perçoit les sons jusqu’à 20 000 hertz environ, 23 000 au mieux11. Une application dite à ultrasons diffuse donc souvent un simple sifflement aigu.
À éviter : compter sur une application ou une prise à ultrasons dans une zone où circulent la dengue, le chikungunya ou le Zika. La revue Cochrane juge injustifié de présenter ces appareils comme une protection contre les maladies3 ; le répulsif cutané et la moustiquaire restent les seuls moyens recommandés1.
Les ultrasons anti-moustique sont-ils dangereux ?
Le principal risque d’un appareil à ultrasons est de se croire protégé. Pour le reste, les connaissances sont minces : le HCSP parle d’une innocuité « non démontrée »1.
Pour vous et vos enfants
Le physicien Timothy Leighton, de l’université de Southampton, a mesuré que le public est exposé à des ultrasons aériens sans le savoir, et que les normes existantes visent surtout l’exposition au travail. Les premières études, anciennes, rapportaient chez certaines personnes des nausées, des maux de tête, de la fatigue ou des acouphènes, mais les recherches restent trop rares pour évaluer le risque réel12. Aucune étude ne porte sur les prises anti-moustiques en particulier.
Pour un bébé, la réponse du HCSP est simple : la protection recommandée est une moustiquaire sur le lit ou le berceau1. Pour un répulsif cutané chez un nourrisson, demandez conseil à votre pharmacien ou à votre médecin.
Pour les chiens, les chats et les rongeurs
Les animaux domestiques entendent une bonne partie des fréquences émises par ces appareils. D’après les données compilées par l’école vétérinaire de l’université d’État de Louisiane, le chien entend jusqu’à 45 kilohertz, le chat jusqu’à 64 kilohertz, le cochon d’Inde jusqu’à 50 kilohertz, le rat jusqu’à 76 kilohertz et la souris jusqu’à 91 kilohertz, contre environ 23 kilohertz pour l’humain11.
Nous n’avons trouvé aucune étude sur l’effet des répulsifs anti-moustiques à ultrasons chez les animaux de compagnie. Un son que vous n’entendez pas peut en revanche être perçu par votre chien, votre chat ou votre hamster. Si un animal évite la pièce, s’agite ou se tient loin de l’appareil, débranchez-le : il n’apporte de toute façon aucune protection contre les moustiques.
Ce qui protège vraiment des moustiques
Les moyens recommandés sont connus et vérifiés : répulsif cutané, vêtements couvrants, moustiquaires, et en appoint climatisation et ventilation12. Contre le moustique tigre, qui vit et pond dans un rayon d’environ 150 mètres13, s’ajoute le geste qui agit à la source : supprimer l’eau stagnante autour de chez vous.
- Un répulsif cutané autorisé : en 2026, seuls le DEET, l’IR3535 et l’icaridine restent recommandés, selon l’âge et la situation1. Notre guide des répulsifs anti-moustiques détaille les âges d’emploi ; votre pharmacien vous aide à choisir.
- Des moustiquaires aux fenêtres, aux portes et sur le lit ou le berceau1.
- Un ventilateur ou la climatisation, qui réduisent les piqûres en appoint2. La nuit, notre page sur le moustique dans la chambre explique comment le trouver et l’empêcher de revenir.
- Des points d’eau vidés chaque semaine : soucoupes, seaux, jouets, arrosoirs, récupérateur d’eau à couvrir13. Le guide des gîtes larvaires fait le tour des endroits où le moustique tigre pond.
Et les autres appareils ? Les lampes UV à grille électrique tuent surtout des papillons de nuit et très peu de moustiques. Notre analyse de la lampe anti-moustique compare les différents modèles, y compris les pièges à odeur, les seuls à avoir réduit les piqûres de moustique tigre quand ils sont posés en nombre.
Questions fréquentes sur les ultrasons anti-moustique
Une prise anti-moustique à ultrasons marche-t-elle mieux qu’un boîtier ?
Non. Les études ont porté sur des prises, des boîtiers portables, des porte-clés et des programmes informatiques : aucun format n’a réduit les piqûres37810. À ne pas confondre avec les diffuseurs électriques d’insecticide, qui fonctionnent autrement et ne sont plus recommandés pour les femmes enceintes et les enfants de moins de trois ans2.
Les ultrasons sont-ils plus efficaces contre le moustique tigre ?
Non plus. Les deux essais sur le moustique tigre que nous avons trouvés, au Brésil et en Israël, n’ont trouvé aucune protection78.
Pourquoi tant d’avis positifs en ligne ?
Le nombre de moustiques varie beaucoup d’un soir à l’autre selon la météo et le vent. Une soirée calme après avoir branché l’appareil passe facilement pour une preuve. C’est pour éviter ce piège que les essais comparent, au même endroit et au même moment, des volontaires avec et sans appareil3.
Sources
- Haut Conseil de la santé publique, « Recommandations sanitaires aux voyageurs, édition 2026 », avis du 28 mai 2026, chapitre 2 « Risques liés aux arthropodes et protection personnelle antivectorielle », tableau 7, hcsp.fr.
- Assurance maladie, « Prévention commune à toutes les maladies transmises par les moustiques », mise à jour du 28 juillet 2026, d’après les recommandations sanitaires 2026 du Haut Conseil de la santé publique, ameli.fr.
- Enayati A. A., Hemingway J., Garner P., « Electronic mosquito repellents for preventing mosquito bites and malaria infection », Cochrane Database of Systematic Reviews, 2007, CD005434, doi:10.1002/14651858.CD005434.pub2.
- Crans W. J., « Products and Promotions That Have Limited Value for Mosquito Control », Rutgers University, New Jersey Agricultural Experiment Station, publication H-40101-01-96, vectorbio.rutgers.edu.
- Menda G., Nitzany E. I., Shamble P. S. et al., « The Long and Short of Hearing in the Mosquito Aedes aegypti », Current Biology, 2019, 29(4), 709-714, doi:10.1016/j.cub.2019.01.026.
- Dou Z., Madan A., Carlson J. S. et al., « Acoustotactic response of mosquitoes in untethered flight to incidental sound », Scientific Reports, 2021, 11, 1884, doi:10.1038/s41598-021-81456-5.
- Andrade C. F. S., Bueno V. S., « Evaluation of Electronic Mosquito-Repelling Devices Using Aedes albopictus (Skuse) (Diptera: Culicidae) », Neotropical Entomology, 2001, 30(3), 497-499, doi:10.1590/S1519-566X2001000300030.
- Revay E. E., Junnila A., Xue R.-D. et al., « Evaluation of commercial products for personal protection against mosquitoes », Acta Tropica, 2013, 125(2), 226-230, doi:10.1016/j.actatropica.2012.10.009.
- Ahmad A., Subramanyam B., Zurek L., « Responses of mosquitoes and German cockroaches to ultrasound emitted from a random ultrasonic generating device », Entomologia Experimentalis et Applicata, 2007, 123(1), 25-33, doi:10.1111/j.1570-7458.2006.00519.x.
- Andrade C. F. S., Cabrini I., « Electronic mosquito repellers induce increased biting rates in Aedes aegypti mosquitoes (Diptera: Culicidae) », Journal of Vector Ecology, 2010, 35(1), 75-78, doi:10.1111/j.1948-7134.2010.00061.x.
- Louisiana State University, School of Veterinary Medicine, « How well do dogs and other animals hear? », d’après Fay R. R., Hearing in Vertebrates: a Psychophysics Databook, 1988, lsu.edu.
- Leighton T. G., « Are some people suffering as a result of increasing mass exposure of the public to ultrasound in air? », Proceedings of the Royal Society A, 2016, 472(2185), 20150624, doi:10.1098/rspa.2015.0624.
- Agence régionale de santé Provence-Alpes-Côte d’Azur, « Recommandations générales concernant le moustique tigre à l’attention du grand public », mai 2021, paca.ars.sante.fr.








