En bref
Aucune étude ne montre que l’homéopathie protège des piqûres de moustiques ni des maladies qu’ils transmettent. Le Haut Conseil de la santé publique classe l’homéopathie parmi les moyens « à ne pas utiliser » contre les moustiques, à côté des bracelets et des appareils à ultrasons, et l’Assurance maladie la juge insuffisamment efficace. Pour vous protéger, les autorités retiennent les vêtements couvrants, les moustiquaires et trois substances répulsives : le DEET, l’IR3535 et l’icaridine. Avant un voyage en zone de dengue ou de paludisme, pour un bébé ou pendant une grossesse, demandez conseil à un pharmacien ou à un médecin.
L’homéopathie protège-t-elle des piqûres de moustiques ?
Non : aucune autorité de santé française ne reconnaît à l’homéopathie un effet préventif contre les piqûres de moustiques. Dans ses recommandations 2026, le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) range l’homéopathie parmi les « moyens non recommandés dont l’efficacité ou l’innocuité n’est pas démontrée », avec la mention « à ne pas utiliser »3. La même liste comprend les bracelets anti-insectes, les huiles essentielles, les appareils à ultrasons et la vitamine B1.
L’Assurance maladie reprend cet avis sur sa page consacrée à la prévention des maladies transmises par les moustiques : l’homéopathie y figure parmi les moyens insuffisamment efficaces4.
Beaucoup de personnes se tournent vers les granules parce qu’elles cherchent une solution douce, sans produit chimique sur la peau. La démarche se comprend. Le problème est ailleurs : un moustique tigre vous repère à votre souffle, à votre chaleur et à votre odeur, et rien ne montre qu’un granule avalé modifie ces signaux.
Ledum palustre, Apis mellifica : que contiennent ces granules ?
Ledum palustre et Apis mellifica sont deux souches homéopathiques souvent proposées l’été : la première tire son nom latin du lédon des marais, une plante, la seconde de l’abeille domestique. Un médicament homéopathique part d’une souche, préparée en teinture mère pour les plantes, puis diluée plusieurs fois de suite5.
La notation CH désigne une dilution au centième. Une préparation en 5 CH correspond à cinq dilutions au centième successives de la teinture mère5, soit une dilution au dix-milliardième.
En France, un médicament homéopathique peut être simplement enregistré auprès de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), sans autorisation de mise sur le marché classique. Cette procédure exige l’absence de toute indication thérapeutique sur l’étiquette et dans les informations sur le produit6. Autrement dit, la mention « contre les piqûres » ne vient pas d’une évaluation officielle de l’efficacité.
Ce que montrent les études sur l’homéopathie et les moustiques
Nous n’avons trouvé aucun essai clinique montrant que des granules homéopathiques réduisent le nombre de piqûres ou le risque de dengue, de chikungunya ou de paludisme. Notre recherche a porté sur la base Europe PMC, qui regroupe les publications biomédicales, avec les termes homéopathie, moustique, piqûre d’insecte, dengue, paludisme, Ledum et Apis mellifica.
Essai contrôlé, 1995
Un gel homéopathique appliqué après la piqûre
Les seuls essais contrôlés que nous ayons trouvés portent sur un gel appliqué après la piqûre, pas sur une prévention. Dans celui de 1995, des volontaires se sont fait piquer à l’avant-bras par des moustiques Aedes aegypti, cousins du moustique tigre. Une piqûre recevait le gel homéopathique, une autre un gel placebo d’aspect identique, la troisième rien du tout7.
Face au placebo, la différence de rougeur n’était pas significative, et la démangeaison était la même dans les trois cas. En ajoutant les données d’une étude pilote, les auteurs trouvaient une rougeur un peu plus petite qu’avec le placebo, qu’ils attribuaient aux extraits de plantes contenus dans le gel7.
Pour la dengue, un article publié en 2025 dans une revue d’homéopathie propose une souche pour prévenir les formes graves au Brésil. Sa méthode repose sur la comparaison des symptômes de la maladie avec un répertoire homéopathique, sans aucun essai sur des personnes8. Ce type de travail ne permet pas de conclure à une protection.
Plus largement, la Haute Autorité de santé (HAS) a évalué l’homéopathie en 2019, à la demande du ministère de la Santé. Après l’examen de plus de 1 000 publications, elle a conclu que ces médicaments « n’ont pas démontré scientifiquement une efficacité suffisante pour justifier d’un remboursement »1. Le remboursement est passé de 30 % à 15 % le 1er janvier 2020, puis a pris fin le 1er janvier 20212.
Ce que recommandent l’Assurance maladie et le HCSP
Pour prévenir les piqûres, le HCSP recommande d’abord les protections physiques, puis les répulsifs cutanés autorisés. Son tableau des moyens de protection pour 2026 retient3 :
- Les vêtements amples, couvrants et légers, complétés par un répulsif sur la peau qui reste découverte.
- Les moustiquaires aux fenêtres et aux portes, et sur le lit ou le berceau. En zone de paludisme, la moustiquaire de lit doit être imprégnée d’insecticide.
- Les répulsifs à base de DEET, d’IR3535 ou d’icaridine, les seules substances recommandées en 2026. Ces produits portent un numéro d’autorisation de mise sur le marché de la forme FR-année-numéro sur l’étiquette.
- La climatisation et la ventilation à l’intérieur.
Notre guide des répulsifs anti-moustiques recommandés explique comment choisir entre ces trois substances et comment les appliquer.
| Moyen | Avis du HCSP |
|---|---|
| Moustiquaire | Recommandé |
| Vêtements couvrants | Recommandé |
| DEET, IR3535, icaridine | Recommandé |
| Climatisation, ventilation | Recommandé |
| Homéopathie | À ne pas utiliser |
| Vitamine B1 | À ne pas utiliser |
| Huiles essentielles | À ne pas utiliser |
| Bracelets, ultrasons | À ne pas utiliser |
Si vous préférez éviter les produits de synthèse, notre page sur les solutions anti-moustiques naturelles fait le tri entre ce qui protège et ce qui ne protège pas. Les huiles essentielles, souvent proposées avec les granules, durent en général moins de 20 minutes sur la peau selon l’Assurance maladie4 ; le guide sur les huiles essentielles contre les moustiques détaille aussi leurs risques.
Voyage en zone de dengue ou de paludisme : ne comptez pas sur les granules
Dans une région où circulent la dengue ou le paludisme, une protection inefficace expose à une maladie sérieuse. La HAS le rappelait dès 2019 : le recours à l’homéopathie « ne doit pas retarder la prescription des soins nécessaires », en particulier pour les maladies graves1.
Pour le paludisme, le HCSP encourage les voyageurs à consulter systématiquement avant le départ. Selon la destination et le type de séjour, le médecin peut prescrire un traitement préventif antipaludique, qui s’ajoute à la protection contre les piqûres sans la remplacer3. Aucun granule ne remplace ce traitement, ni la protection contre les piqûres.
Au retour : toute fièvre pendant le séjour ou dans les 3 mois qui suivent le retour d’une zone de paludisme doit être considérée comme un paludisme possible et nécessite une consultation en urgence. Signalez votre voyage au médecin3. En cas de malaise ou de difficulté à respirer, appelez le 15.
Le sujet concerne aussi la France métropolitaine, où le moustique tigre est installé. Notre page sur les maladies transmises par le moustique tigre explique lesquelles circulent et quels symptômes surveiller.
Bébé, enfant, grossesse : demandez au pharmacien ou au médecin
Les granules sont souvent choisis pour les plus fragiles, justement parce qu’ils paraissent sans risque. Or un bébé ou une femme enceinte protégés par des granules seuls restent exposés aux piqûres.
Les autorités prévoient des protections adaptées. Pour les nourrissons de moins d’un an, le HCSP recommande une moustiquaire sur le berceau ou le landau3. Certains répulsifs sont utilisables chez l’enfant dès 6 mois et pendant la grossesse, à des concentrations limitées qui varient selon la substance et l’âge34. Le choix du produit et de sa concentration se fait avec un pharmacien ou un médecin, qui tiendra compte de l’âge, de la grossesse et de la destination.
Le bon réflexe : si l’on vous propose des granules au comptoir pour un séjour aux Antilles ou en Afrique, demandez aussi quelle moustiquaire et quel répulsif conviennent. La question est légitime, et le pharmacien peut vous orienter vers les produits recommandés par le HCSP.
Et après une piqûre ?
Après une piqûre, l’Assurance maladie recommande de laver la zone à l’eau et au savon, d’appliquer un antiseptique, de mettre du froid et d’éviter de se gratter9. Si la démangeaison gêne, un pharmacien peut conseiller un traitement. Le guide que faire en cas de piqûre de moustique tigre détaille ces gestes et les signes qui imposent de consulter.
L’essai de 1995 cité plus haut n’a montré aucun effet d’un gel homéopathique sur la démangeaison par rapport au placebo7.
Questions fréquentes sur l’homéopathie contre les moustiques
Quand prendre Ledum palustre contre les moustiques ?
Aucune étude ne permet de fixer un moment ou une dose qui préviendrait les piqûres. Les granules enregistrés à l’ANSM ne portent d’ailleurs aucune indication thérapeutique officielle6. Pour vous protéger, misez sur la moustiquaire, les vêtements et un répulsif recommandé.
À quoi sert Apis mellifica ?
Apis mellifica est une souche préparée à partir de l’abeille. Aucun essai ne montre qu’elle prévient les piqûres de moustiques, et la HAS a conclu en 2019 que les médicaments homéopathiques n’avaient pas démontré une efficacité suffisante pour être remboursés1. Un gonflement important du visage ou une gêne respiratoire relève du 15.
Les granules sont-ils dangereux ?
Le risque principal tient à la fausse sécurité : se croire protégé et renoncer au répulsif ou à la moustiquaire. La HAS met en garde contre le retard de soins que peut entraîner le recours à l’homéopathie1.
L’homéopathie est-elle encore remboursée ?
Non. Depuis le 1er janvier 2021, les médicaments homéopathiques ne sont plus remboursés par l’Assurance maladie2.
Sources
- Haute Autorité de santé, « Médicaments homéopathiques : une efficacité insuffisante pour être proposés au remboursement », 28 juin 2019, has-sante.fr.
- Vidal, « Homéopathie : la date du déremboursement total et la liste des produits concernés sont désormais officielles », 10 octobre 2019, mis à jour le 26 novembre 2019, d’après les arrêtés publiés au Journal officiel, vidal.fr.
- Haut Conseil de la santé publique, « Recommandations sanitaires aux voyageurs, édition 2026 », avis du 28 mai 2026, chapitre 2, tableaux 7 et 8, et chapitre 3 « Paludisme », hcsp.fr.
- Assurance maladie, « Prévention commune à toutes les maladies transmises par les moustiques », mise à jour du 28 juillet 2026, d’après les recommandations sanitaires 2026 du Haut Conseil de la santé publique, ameli.fr.
- Vidal, « Bien utiliser les médicaments d’homéopathie », mise à jour du 12 juillet 2021, vidal.fr.
- Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé, « Homéopathie », ansm.sante.fr.
- Hill N., Stam C., Tuinder S., van Haselen R. A., « A placebo controlled clinical trial investigating the efficacy of a homeopathic after-bite gel in reducing mosquito bite induced erythema », European Journal of Clinical Pharmacology, 1995, 49(1-2), 103-108, doi:10.1007/BF00192367.
- Olandim A. A. C. C., Fujino F. M. S. D. C., Lemonica R., Benites N. R., Barnabé V. D., « China officinalis as possible homeopathic prophylaxis for the Brazilian dengue epidemic », Homeopathy, 2025, 114(4), 273-279, doi:10.1055/s-0044-1792147.
- Assurance maladie, « Morsures et piqûres : les bons réflexes face aux petits maux de l’été », 25 juin 2026, ameli.fr.








