En bref

Oui, les bambous attirent les moustiques, et surtout le moustique tigre, mais pas par une odeur : un massif lui offre de l’ombre pour se reposer et, dans ses tiges cassées ou coupées, de l’eau pour pondre. L’ARS Provence-Alpes-Côte d’Azur cite les « bambous cassés dont chaque tige brisée et creuse devient alors un réceptacle »4, et une étude de 2024 a trouvé des larves dans plus de la moitié des piquets en bambou d’un jardin2. La parade tient en trois gestes : couper juste au-dessus d’un nœud, vider ou supprimer les cannes cassées, éclaircir le bas du massif.

54,5 %des piquets en bambou d’un jardin contenaient des larves2
83,5 %de ces larves étaient des moustiques tigres2
150 mle rayon dans lequel vit le moustique tigre4
1 cmau-dessus du nœud : l’endroit où couper une tige

Pourquoi les bambous attirent-ils les moustiques ?

Les bambous attirent les moustiques parce qu’ils réunissent deux choses dont le moustique tigre a besoin : un abri et de l’eau. La plante elle-même n’a pas d’odeur connue pour attirer les moustiques. Ce qui les attire vers une personne, c’est notamment le dioxyde de carbone de son souffle : dans une étude de terrain, tripler le dioxyde de carbone libéré par un piège doublait le nombre de moustiques capturés7.

L’abri d’abord. Le moustique tigre pique toute la journée et se repose à l’ombre des arbres4. Un massif dense, frais, à l’abri du vent, lui convient très bien, et c’est pourquoi l’ARS recommande de tailler les haies et de ramasser les débris végétaux pour supprimer ses lieux de repos4.

L’eau ensuite, et c’est le vrai sujet. Une tige de bambou est creuse entre deux nœuds. Coupée ou cassée au mauvais endroit, elle recueille la pluie comme un verre, à l’ombre, et devient un gîte larvaire.

  • La plante vivante aux tiges entières : un abri, mais pas un lieu de ponte.
  • Les tiges coupées, cassées ou mortes : gardent de l’eau des semaines et deviennent des gîtes larvaires.
  • Les tuteurs et piquets en bambou : des tiges coupées plantées à la verticale, donc des gîtes tout prêts.
  • Les feuilles mortes au pied : elles bouchent les creux et retiennent l’humidité, d’où le conseil de ramasser les débris végétaux4.

Ce que disent les études sur le bambou et le moustique tigre

Le lien entre le bambou et le moustique tigre n’est pas une rumeur de jardinier : il est documenté, en France comme dans les régions d’origine de l’espèce.

Étude de terrain, 2024

Des piquets en bambou colonisés dans les jardins d’une université

À l’université de Dhaka, des bambous entiers servaient de poteaux pour tenir les clôtures des jardins fleuris. Les chercheurs ont prélevé les larves et les nymphes dans ces souches pendant l’été, puis identifié chaque espèce2.

Résultat : 54,5 % des souches abritaient au moins une espèce de moustique, et 83,5 % des larves récoltées étaient des moustiques tigres (Aedes albopictus). Les auteurs concluent que ces bambous posés de main d’homme ajoutent une pression réelle sur la lutte contre le moustique tigre. C’est exactement la situation d’un tuteur de potager.

D’autres travaux vont dans le même sens. Au Sikkim, en Inde, une étude a inspecté 75 souches de bambou : 25 contenaient des larves, de huit espèces différentes, dont le moustique tigre3. En Europe, la plateforme scientifique TIGER du Rhin supérieur range les moignons de bambou parmi les gîtes naturels de l’espèce5, et l’EID Méditerranée, l’opérateur public de démoustication, rappelle que le moustique tigre s’est installé en ville en retrouvant des petits gîtes semblables à ceux de la forêt, comme les creux d’arbres et les bambous coupés1.

Le bambou est-il un bon lieu pour le moustique tigre ?

Oui, dès qu’il est coupé ou cassé. Le moustique tigre pond dans de petits volumes d’eau stagnante, même propre, de moins de 10 litres4 : l’eau retenue dans une tige creuse, fermée en bas par un nœud et protégée du soleil, correspond exactement à ce qu’il cherche. Ses œufs résistent ensuite plusieurs mois au froid et au sec, puis éclosent quand la chaleur revient4.

Un massif entier et entretenu, taillé au-dessus des nœuds et débarrassé de ses cannes mortes, ne pose en revanche pas de problème particulier pour la ponte. Il reste un lieu de repos, qu’un massif aéré rend moins accueillant.

Tuteurs en bambou : le gîte que l’on plante soi-même

Un tuteur en bambou est une tige coupée, plantée à la verticale et laissée dehors tout l’été. Si son sommet s’ouvre sur un creux, il se remplit à chaque pluie. C’est le cas des piquets de l’étude de Dhaka, et c’est le cas de milliers de rames de tomates et de haricots.

  • Regardez le sommet : si vous voyez un trou, le tuteur peut garder de l’eau.
  • Bouchez-le : un bouchon de liège, un peu de cire ou de mastic suffit, ou coupez le haut juste au-dessus d’un nœud.
  • Rangez-les à l’abri en fin de saison, à l’horizontale : un tuteur oublié dehors pendant l’hiver garde des œufs qui éclosent au printemps.
  • Remplacez-les si besoin par des tuteurs pleins : bois, métal ou fibre de verre.

La fiche tuteur en bambou détaille les bonnes pratiques au potager.

Comment tailler un bambou sans créer de gîte ?

Mains qui coupent une tige de bambou vert au sécateur, la lame posée juste au-dessus d’un nœud
La bonne coupe : la lame posée juste au-dessus du nœud. La cloison du nœud ferme la tige, l’eau ne peut plus s’y accumuler.

Pour tailler un bambou sans créer de gîte, coupez toujours juste au-dessus d’un nœud. Une tige est creuse entre deux nœuds et fermée au niveau de chaque nœud par une cloison pleine : tout se joue donc sur l’endroit de la coupe.

  1. Coupez à moins d’un centimètre au-dessus d’un nœud, avec un sécateur bien affûté pour les fines tiges ou une scie à main pour les grosses. Le sommet reste fermé par la cloison.
  2. Si une tige a déjà été coupée trop haut, recoupez-la juste au-dessus du nœud inférieur. À défaut, percez une petite encoche sur le côté, juste au-dessus du nœud, pour que l’eau s’écoule.
  3. Ramassez les chutes : les morceaux de tige laissés au sol gardent eux aussi de l’eau.
  4. Après un coup de vent ou de neige, faites le tour du massif : une canne cassée à mi-hauteur est un gîte ouvert, que l’ARS demande de vider4.

Couper au ras ou déraciner un bambou ?

Pour une canne morte, cassée ou en trop, coupez-la au ras du sol, juste au-dessus du dernier nœud visible : il ne reste alors aucun creux ouvert. Une souche coupée à vingt centimètres du sol, au contraire, forme un godet parfait.

Pour supprimer un massif entier, notamment un bambou traçant qui envahit le jardin, il faut déterrer les rhizomes à la bêche ou à la pioche. Le moindre fragment de rhizome oublié peut repartir : l’université du Maryland conseille de couper les nouvelles pousses au ras du sol dès qu’elles apparaissent6. Tant que le chantier n’est pas terminé, contrôlez après chaque pluie les souches qui restent : ce sont elles qui retiennent l’eau.

Quels sont les inconvénients du bambou au jardin ?

Le principal inconvénient du bambou au jardin est l’envahissement par les espèces traçantes, et le second, côté moustiques, ce sont ses tiges creuses. Les bambous traçants, comme les Phyllostachys, étendent loin leurs rhizomes, qui peuvent courir tant que leur pointe n’est pas abîmée6.

  • L’envahissement : les rhizomes des bambous traçants s’étendent et font sortir des tiges loin du massif6.
  • L’ombre dense : un lieu de repos pour le moustique tigre, qui se repose à l’ombre des arbres4.
  • Les tiges creuses : chaque coupe mal placée, chaque canne cassée peut garder de l’eau.
  • Les feuilles mortes : elles s’accumulent au pied et dans les creux, et demandent un ramassage régulier.

Un bambou non traçant limite-t-il le risque ?

Un bambou non traçant, dit cespiteux, règle le problème d’envahissement, pas celui des moustiques. Le genre Fargesia est le principal bambou cespiteux cultivé : ses rhizomes courts gardent les tiges serrées en touffe6. Ses tiges restent creuses entre les nœuds comme celles de la plupart des bambous, et une touffe serrée fait beaucoup d’ombre : les mêmes règles de taille s’appliquent.

Surveiller un massif de bambous avec un pondoir

Pot en plastique noir rempli d’eau avec une bande de bois brut, posé au pied d’un massif de bambous
Un pondoir fait maison au pied du massif : un pot sombre, de l’eau et une bande de bois où la femelle vient pondre. À vider chaque semaine.

Pour savoir si des moustiques tigres pondent autour de vos bambous, posez un pondoir sentinelle à leur pied : un pot noir rempli d’eau, avec une bande de bois brut qui dépasse de la surface. Les femelles viennent y coller leurs œufs.

Règle absolue : videz le pot sur la terre et changez la bande de bois chaque semaine. Oublié une dizaine de jours en été, un pondoir devient un élevage de moustiques. Le guide du piège pondoir explique les autres modèles, avec grille ou surface collante.

Nos astuces pour un massif de bambous sans moustiques

  • Arrosez au pied, jamais sur le feuillage, et sans laisser de flaque.
  • Bambous en pot : remplissez la soucoupe de sable humide pour qu’elle ne garde pas d’eau libre4.
  • Éclaircissez le bas du massif : un massif aéré offre moins d’abri aux moustiques au repos.
  • Ramassez les feuilles mortes accumulées dans les creux et au pied des tiges ; la fiche feuilles mortes explique pourquoi elles comptent.
  • Pas d’insecticide dans le massif : il tue aussi les insectes utiles et ne supprime pas les œufs déjà pondus.
  • Regardez autour : soucoupes, seaux et bâches du jardin comptent autant que le bambou, puisque le moustique tigre vit dans un rayon d’environ 150 mètres4.

Quels arbres et plantes attirent les moustiques ?

Les arbres et plantes qui attirent le plus les moustiques sont ceux qui retiennent de l’eau ou qui font une ombre dense. L’ARS cite les creux d’arbres et les plantes tropicales susceptibles de retenir l’eau parmi les lieux de ponte du moustique tigre4, et TIGER ajoute les aisselles de feuilles5, ces creux à la base des feuilles où la pluie s’accumule. Les haies touffues et les herbes hautes servent, elles, de lieux de repos, d’où le conseil de les tailler4. Les creux d’arbres sont décrits dans la fiche trous d’arbres.

Autres questions sur les bambous et les moustiques

Le bambou éloigne-t-il les moustiques ?

Non. Aucune étude ne montre d’effet répulsif du bambou. Les plantes réputées anti-moustiques ont elles-mêmes un effet limité, comme l’explique le guide des plantes anti-moustique tigre.

Quel est le pire ennemi du moustique ?

Dans un bassin, les poissons rouges, les gambusies et les carpes sont friands de larves, et l’ARS conseille d’en introduire dans les bassins d’ornement4. Aucun poisson ne vit en revanche dans l’eau d’une tige de bambou : là, le seul remède est de supprimer l’eau. Le guide des animaux alliés contre les moustiques présente les autres prédateurs.

Faut-il s’occuper des bambous en hiver ?

Oui, c’est même le bon moment pour tailler et ranger les tuteurs. Les œufs du moustique tigre résistent plusieurs mois au froid et au sec, puis éclosent quand la chaleur revient4 : une tige coupée en hiver sans précaution peut produire des moustiques au printemps.

Sources

  1. EID Méditerranée, « Moustique tigre », fiche de présentation de l’espèce, eid-med.org, consultée le 28 septembre 2026.
  2. Chowdhury R., Faria S., Chowdhury V., Islam M. S., Akther S., Akter S., « Bamboo stumps that are artificially in use put pressure on dengue and chikungunya vector control in Dhaka city, Bangladesh », Journal of Vector Borne Diseases, 2024, doi:10.4103/jvbd.jvbd_152_23.
  3. Singh B., Baruah C., Saikia D., Gurung J., « Species composition of mosquito breeding in bamboo stumps in Sikkim, India », Journal of Vector Borne Diseases, 2020, doi:10.4103/0972-9062.308808.
  4. Agence régionale de santé Provence-Alpes-Côte d’Azur, « Recommandations générales concernant le moustique tigre à l’attention du grand public », mai 2021, paca.ars.sante.fr.
  5. TIGER, initiative trinationale d’entomologie du Rhin supérieur, « Gîtes larvaires », tiger-platform.eu, consultée le 29 septembre 2026.
  6. Talabac M., « Containing and Removing Bamboo », University of Maryland Extension, Home and Garden Information Center, révisé en janvier 2026, extension.umd.edu.
  7. Hoffmann E. J., Miller J. R., « Reassessment of the role and utility of wind in suppression of mosquito (Diptera: Culicidae) host finding: stimulus dilution supported over flight limitation », Journal of Medical Entomology, 2003, 40(5), 607-614, doi:10.1603/0022-2585-40.5.607.